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Publié le Dimanche 20 Décembre 2015 par Mouvement Républicain et Citoyen

Podemos : une histoire espagnole, une leçon pour l’Europe


Mots-clés : 2017, espagne, europe, gauche, grèce

Retour sur le voyage de la délégation MRC en Espagne par David Bouderballa, membre du secrétariat national, dimanche 20 décembre 2015.


Depuis maintenant un an, la classe politique européenne assiste à l’émergence de véritables OVNI dans le paysage politique. Ce dimanche 20 décembre au soir, elle pourrait regarder les résultats des élections générales espagnoles avec sidération.

Le MRC a partagé les 24 dernières heures de la campagne de PODEMOS pour lui témoigner son soutien mais aussi pour prendre la mesure du phénomène, car la jeune formation bouleverse le jeu politique espagnol. En opérant un retour au peuple face à un système sclérosé, le parti de Pablo Iglesias bouscule les clivages traditionnels et a aujourd’hui des raisons de croire en son avenir. S’il est propre à l’Espagne, nous aurions tort de croire qu’il ne peut pas être une inspiration pour le reste des gauches européennes, sur la stratégie comme sur le fond.

PODEMOS : un débouché politique à l’indignation

PODEMOS est avant tout une histoire espagnole bien sûr, une histoire née de la mobilisation du 15 mai 2011. Des dizaines de milliers d’espagnols « indignés » occupent alors la Puerta del Sol à Madrid, physiquement et symboliquement, pour protester contre la corruption massive de la classe politique espagnole et le chômage de masse – autour de 25% cette année là – qui sévit suite aux politiques d’austérité et à la crise. Dans le viseur des manifestants : la politique menée par le gouvernement et plus largement, le bipartisme de connivence qui verrouille le jeu institutionnel. En ce mois de mai 2011, le message est clair : le peuple est de retour sur la scène politique espagnole. La stratégie l’est un peu moins, paralysée par le mouvementisme d’une partie des « Indignados » qui conduira à l’épuisement de la mobilisation. Le tour de force de PODEMOS est d’avoir donné à cette indignation, des années plus tard, un débouché politique –la conquête du pouvoir-, d’avoir converti l’énergie sociale en force de changement par la voie électorale grâce à un « populisme » revendiqué, un discours plébéien.

Durant ces 24h de campagne à Murcie et Valence, la traduction concrète de ce succès nous a sauté aux yeux. Là où les partis politiques de gauche se contentent souvent d’audiences âgées et aisées, c’est-à-dire éloignées au quotidien des préoccupations visées par leur discours réformiste, nous avons rencontré une jeunesse espagnole découvrant que la politique pouvait enfin s’attaquer à ses problèmes, à commencer par chômage et l’exil à l’étranger d’une partie de sa génération. Au-delà même de la jeunesse, PODEMOS revendique un ancrage large dans la population, brassant populations des villes et des campagnes, jeunes diplômés et employés. La composition des salles en atteste. La dynamique électorale également : à quelques jours de scrutin, PODEMOS était donné 3e devant le mouvement Ciudadanos et au coude à coude avec le PSOE.

Si PODEMOS convainc et mobilise autant ceux qui n’attendaient plus rien de la politique, c’est n’est pas qu’une question d’offre politique mais aussi de mots, de symboles et de pratiques. En d’autres termes, PODEMOS impose sa propre vision.

La caste contre « la gente » : une victoire culturelle

Les discours de Pablo Iglesias ne souffrent aucune ambigüité : l’offre politique de PODEMOS, si elle réfute un clivage politique traditionnel qui renvoie au bipartisme actuel, n’en est pas moins profondément de gauche. Sur les thèmes bien sûr : lutte contre le chômage, droits sociaux, investissement public, transition énergétique sont les piliers du programme. L’ambition d’un retour de l’Etat, comme garant de l’intérêt général et de la justice sociale, est claire et revendiquée.

Cependant, l’habileté de PODEMOS et ses leaders est surtout d’avoir « construit son peuple », selon les termes d’Igno Errerjon, d’avoir offert sa propre conception du peuple, en s’appuyant sur une opposition verticale entre « la caste » (politique et économique) et « les gens », « nous » ou encore « le pays », « la patrie » : ceux d’en bas contre ceux d’en haut. En mettant de côté les notions socio-économiques ou politiques classiques, sans pour autant les ignorer, le discours de PODEMOS traduit jusque dans les mots son ambition de souveraineté populaire. Des mots simples et clairs car, comme le dit Pablo Iglesias, « les gens ne votent pas pour quelqu’un pour son idéologie ou ses valeurs mais parce qu’ils sont d’accord avec lui ». PODEMOS est la politique rendue accessible au plus grand nombre : quelle meilleure manière de s’appuyer sur la volonté populaire ? Quel meilleur moyen de revitaliser la politique ?

Europe, France, 2017 : Les enseignements de PODEMOS


Bien évidemment, les impensés et non-dits du programme de PODEMOS sont nombreux, à commencer par les rapports de force européens dont l’exemple grec a malheureusement prouvé qu’ils étaient structurellement défavorable aux alternatives. La chute connue par PODEMOS dans les sondages suite au mémorandum imposé au gouvernement Tsipras ne doit d’ailleurs rien au hasard. Les peuples européens semblent avoir, dans un premier temps, intériorisé le message menaçant envoyé par les créanciers et institutions européennes aux velléités de changement. Le Remontada opérée par PODEMOS dans les dernières semaines de campagne n’en est que plus remarquable. Mais elle sera stérile si le parti de Pablo Iglesias limite son discours à une critique conjoncturelle de l’austérité.

L’articulation entre nation et particularismes régionaux est également ambigüe, probablement dans l’intérêt même de la cohésion du parti. Souvent contraint à composer avec des mouvements locaux pour renforcer son ancrage, le parti n’a pas les moyens d’une division sur cette question. Quant au discours institutionnel, il est naturellement impossible à transposer tel quel dans un autre pays, pas plus que l’exemple Syriza ne l’était. Mais les convergences contextuelles entre France et Espagne ainsi qu’entre la démarche de PODEMOS et l’ambition que nous portons ne manquent pas.

L’exemple de PODEMOS nous enseigne qu’il ne peut y avoir de politique sans peuple, de légitimité institutionnelle sans appui populaire. « Nunca mas un pais sin su gente » pouvait-on lire dans le gymnase de Valence plein à craquer vendredi soir.

Il nous enseigne qu’il ne peut y avoir de dynamique politique à gauche et de conquête du pouvoir sans travail culturel sur les mots, les concepts, les pratiques. La gauche doit savoir à qui parler mais surtout comment le faire.

L’exemple de PODEMOS nous enseigne que le changement politique peut survenir à tout moment dans les périodes troublées. A l’heure où le Front national n’a jamais autant séduit l’électorat populaire, où les partis traditionnels sont en perte de vitesse et en voie de fragmentation, notamment à gauche, il ne doit pas y avoir de place pour la résignation, mais au contraire pour une offre politique neuve, pour un discours de souveraineté nationale et populaire.

PODEMOS est une histoire espagnole, dont les résultats de ce soir nous dirons si elle est déjà une réussite, mais elle doit assurément constituer une leçon pour l’Europe, et une source d’inspiration pour les gauches, notamment en France en vue de l’élection présidentielle de 2017.
Bastien Faudot, Ladislas Polski et David Bouderballa avec Pablo Iglesias à Murcie, le 18 décembre
Bastien Faudot, Ladislas Polski et David Bouderballa avec Pablo Iglesias à Murcie, le 18 décembre

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