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Publié le Mardi 30 Janvier 2024 par Mouvement Républicain et Citoyen

Les colères agricoles sont justifiées, la souveraineté alimentaire de la France est menacée



Le mouvement de protestation agricole en cours est sans nul autre pareil. La détermination des agriculteurs est à la hauteur de la crise de l'agriculture, en France et dans l'Union européenne.
 
Le mouvement est parti des Pays-Bas en 2022, suite à la décision du gouvernement de réduire de 30 % le cheptel bovin. Il a fortement marqué les esprits par son caractère violent et ses effets sur les résultats des élections provinciales dans ce pays.
 
Des manifestations d'agriculteurs ont suivi en Belgique et en Espagne contre la hausse des coûts et les normes environnementales. En Roumanie, les mesures de soutien à l'agriculture ukrainienne ont  fait converger les tracteurs vers Bucarest. En Allemagne, la décision du gouvernement de supprimer les subventions au diesel agricole a provoqué la plus importante fronde des agriculteurs depuis 1945.
 
En France, la fronde a été lancée dans le Tarn par la "rébellion des panneaux". En réinstallant à l'envers les panneaux d'entrée de communes, les agriculteurs FNSEA locaux ont fait passer l'idée d'une France qui marche sur la tête en matière de politique agricole (excès de normes, prix trop bas et erratiques).
 
Le succès de ces initiatives dans de nombreux départements a débouché sur une contestation plus radicale, les raisons de la colère ne manquant pas, avec une grande diversité selon les départements et les spécialités des exploitations. Le gouvernement a été saisi de multiples revendications, notamment l'inflation, les normes environnementales, les prix de vente en baisse, les taxes sur le gazole. 
 
Longtemps, les représentants majoritaires de la profession agricole - regroupés autour de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles et privilégiant la co-gestion de la politique agricole aux niveaux national et européen - ont retenu les revendications des agriculteurs. Ne pouvant plus les empêcher, ils ont décidé de canaliser l'énorme mécontentement qui monte de la base militante, sous des formes diverses.
 
La colère est d'autant plus forte qu'est ressentie la contradiction entre la réalité des revenus agricoles devenus très aléatoires, et le rôle de l'agriculture qui est de nourrir la population.
 
Les agriculteurs sont coincés entre des injonctions à produire sain et propre, selon des normes écologiques d'une part, et les pressions des acteurs des filières de l'industrie agro-alimentaire et de la grande distribution, qui imposent leurs conditions de prix, sans appliquer les lois, d'autre part.
 
Au-delà de leurs opinions politiques, les agricultrices et les agriculteurs ont l'impression de voir leur avenir professionnel s'effondrer en raison du double langage de leurs représentants au gouvernement, qui ne s'opposent pas à la vision libérale qui a gagné les institutions de l'Union européenne depuis plus de trente ans et continue de promouvoir des traités de libre-échange (Nouvelle-Zélande, Amérique du sud, notamment), reconnus pour leur nocivité à l'égard de l'agriculture française et européenne.
 
A cela, est venue s'ajouter l'invasion russe en Ukraine et la levée des barrières douanières sur les poulets en provenance de ce grand pays agricole, désormais candidat à l'Union européenne. Il est clair que cette perspective d'adhésion n'est pas acceptable dans l'Europe actuelle, dominée par le libéralisme économique.
 
La responsabilité historique des gouvernants français est majeure dans l'adoption des principes néolibéraux (marché unique, circulation des capitaux, libéralisation des marchés) par les institutions européennes et, donc par les Etats, dans les années 1990.
 
La conséquence fut l'abandon du principe de garantie des prix agricoles au niveau de la Politique Agricole Commune européenne (PAC) et l'adoption des règles de la concurrence et du libre-échange pour les produits agricoles au niveau mondial, comme si la production alimentaire n'était pas une affaire de souveraineté.
 
Cette purge libérale a été suivie de la disparition d'une centaine de milliers d'exploitations agricoles dans les dix dernières années, mettant en péril la souveraineté alimentaire de la France.
Le déficit de la balance commerciale est tel que notre pays, pourtant très bien doté en richesses agricoles, ne peut plus nourrir sa population sans importer.
 
Lors des élections européennes du 9 juin 2024, les électrices et les électeurs auront à distinguer, parmi les listes de candidats, celles qui prônent la sortie de la Politique Agricole Commune européenne des mailles du filet libéral, l'arrêt des élargissements de l'Europe à l'est et le refus de signer des traités de libre-échange voulus par la Commission européenne.
 
L'avenir de l'agriculture française est lié à l'avenir des rapports de force démocratiques au sein de l'Union européenne.
 
Michel Sorin, SN agriculture-alimentation MRC

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