Introduction par Marie-Françoise Bechtel, secrétaire national, Université d'été du MRC, Belfort, 6 septembre 2008.


Jacques Nikonoff et Marie-Françoise Bechtel
Jacques Nikonoff et Marie-Françoise Bechtel
Ce que nous avons entendu ce matin peut laisser le sentiment qu’il y aurait à choisir entre une approche crépusculaire, fondée sur l’ampleur de la crise et du désarroi des forces de gauche bien décrits par A le Pors et une approche lénifiante ( qui n’était pas celle de Patrick Quinqueton) qui minimiserait au contraire les problèmes. Mais l’on peut penser aussi que le pari n’est pas perdu d’avance de marier radicalité et principe de réalité –je ne dis pas réalisme, posture qui ouvre la porte à toutes les démissions.

Pour faire une transition utile entre la première table ronde qui a traité de l’état des idées et des forces et la troisième, qui essaiera d’envisager les remèdes et les perspectives, tentons de partir d’un postulat qui pourrait être commun à tous . Nous pourrions sans doute être d’accord sur un point : c’est qu’il faut maintenant sortir de ce que Jean-Luc Laurent a appelé justement notre servitude intellectuelle. Enjeu redoutable si l’on se remémore cette phrase de Spinoza : « comment se fait-il que les hommes combattent pour leur servitude comme s’il s’agissait de leur salut » ?

Alors les défis, les valeurs ?

Sur les défis : plus que d’avoir un projet, la gauche a besoin de le vouloir. Encore cela ne suffit-il pas : il lui faut s’appuyer sur des forces ou sur un mouvement, un élan, qui porte ce projet. L’obstacle est considérable , non pas seulement parce que les forces et organisations sont dans un état qui s’est beaucoup délabré, comme l’a bien montré Patrick Quinqueton ce matin, mais parce qu’il faut regarder les choses en face : la majorité du parti dominant de la gauche a bien un projet, c’est le projet que nous avons qualifié de social-libéral ; c’est le blairisme français mais qui ne dit pas son nom, qui ne peut pas le dire, tout simplement parce que nous sommes dans un pays où l’on ne s’affiche pas libéral du moins à gauche. Contrer ce projet , faire en sorte qu’il ne soit plus porté comme aujourd’hui par une majorité voilà un défi premier. Mais ne nous berçons pas d’illusion : la tâche est considérable.

Sur les valeurs : l’enjeu est-il nécessairement leur rénovation ? S’agit-il d’en « trouver » ou d’en retrouver ? Est-ce parce qu’il y aurait une décomposition de la société tout entière que les idéaux mêmes sur lesquels se fonde l’horizon du progrès doivent être entièrement revus ? On peut s’interroger sur la portée réelle d’une rénovation des valeurs de la gauche. N’y-a-t-il pas plutôt lieu, en de nombreux domaines, à retrouver des valeurs perdues qui gardent toute leur pertinence ? J’en prendrai deux exemples :

L’émancipation, elle-même liée à la promotion sociale. Dans une société hantée par la mobilité descendante comme disent les sociologues, ces mots ont disparu du vocabulaire des partis et mouvements progressistes . Or ils ont une charge considérable parce qu’ils sont en lien étroit avec les Lumières, notre héritage. Ne faut-il pas revenir vers un vocabulaire qui ouvre l’avenir de l’individu au lieu de la concevoir comme fermé ? Acte de foi, peut-être, mais qui aurait au moins le mérite de refuser la résignation qui est à l’action ce que la « servitude intellectuelle » est à la pensée.

L’indépendance nationale : là aussi le mot est oublié. Nous ne sommes certes plus dans la situation mondiale qui a vu fleurir le non alignement. Mais qui sait si, le multilatéralisme aidant, cette voie ne retrouvera pas une pertinence ? Cette voie ou une autre également fondée sur la juste revendication par les nations de la maîtrise de leur destin. Là encore, ce n’est pas le concept qui a perdu sa pertinence, c’est la domination impériale et surtout l’acceptation de cette domination dans ce qui est –ou devrait être- le camp du progrès qui a contribué à son effacement. Encore est-ce le peuple lui-même (et pas seulement le peuple français, qui, sur la question européenne nous remet sur le bon chemin. Signe encourageant, ou qui devrait l’être pour ceux qui ne veulent pas s’aveugler.

J’en finirai avec cette simple introduction en relevant que la crise de la mondialisation financière est une occasion historique aussi bien de combler le déficit de pensée qui affecte cruellement la gauche que de favoriser un changement de posture. Même sans avoir approfondi l’analyse de cette crise, il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu’elle bouleverse la donne. A quel terme ? Nous l’ignorons, certes. Mais ce que l’on peut espérer est qu’elle permettra de rebattre les cartes au sein d’ une gauche qui aura retrouvé le chemin de l’analyse et de la connaissance du réel et aussi le chemin de la volonté.

Ce sont là au fond les trois questions que posait Emmanuel Kant et qui sont aussi pertinentes pour l’action politique que pour la philosophie : que puis-je savoir ? Que m’est-il permis d’espérer ? Que dois-je faire ?

Je me tourne vers nos intervenants pour aborder les réponses.

Actualités

I Publié le Samedi 6 Septembre 2008 par Anicet Le Pors


Intervention d'Anicet Le Pors, ancien ministre, Université d'été du MRC, Belfort, 6 septembre 2008.


Anicet Le Pors
Anicet Le Pors
Proposer comme premier thème de cette rencontre l’analyse de « l’état de la gauche » depuis un quart de siècle me conduit à trois remarques préliminaires.

Premièrement, la situation de crise – plutôt de décomposition sociale – ne concerne pas spécifiquement la gauche mais la société tout entière ; accréditer l’idée que les difficultés de la gauche devraient être recherchées essentiellement et prioritairement en son sein relèverait, à mon avis d’une démarche erronée.

Deuxièmement, l’analyse ne doit pas être centrée sur les organisations, les appareils, les stratégies d’alliances qui m’apparaissent secondaires et dérisoires, mais sur les causes de la décomposition et les conditions de la recomposition sociale, ce qui ne correspond ni aux mêmes préoccupations ni aux mêmes échéances.

Troisièmement, il faut se garder de plaquer des grilles de lecture anciennes sur les réalités nouvelles – a fortiori sur les perspectives – l’histoire ne se développe pas de manière linéaire, mais de plus en plus sur le mode aléatoire, animée par des contradictions fortes et multiples qui valorisent l’événement, même si on peut continuer de penser qu’en définitive ce sont les hommes et les femmes qui font l’histoire.

J’essaie par conséquent de placer l’analyse sur les questions fondamentales du mouvement historique, sur le très long terme et en m’attachant spécialement à ce qui est nouveau dans ce mouvement. Pour me faire comprendre plus simplement : en recherche de l’essentiel, je n’évoquerai pas les élections présidentielles de 2012.


À quel moment de l’histoire sommes-nous ?

Je n’ai évidemment pas la prétention d’apporter une réponse à cette question. Je veux seulement souligner qu’elle est primordiale et qu’elle doit donc constituer le point de départ de tout raisonnement politique sur l’état actuel de la société et, partant, sur les réponses à apporter.

Pour ce qui me concerne, cela me conduit à opérer un retour aux sources et à m’interroger sur ce qui a été longtemps le fond idéologique de mes convictions : le séquençage qu’opérait le matérialisme historique sur la base de l’analyse marxiste des rapports et des modes de production qui définissait un sens de l’histoire inéluctable faisant se succéder : féodalisme, capitalisme, socialisme et communisme. Cette vision quelque peu dogmatique et insuffisante avait au moins le mérite d’obliger à caractériser chacune de ces étapes, ce qui conduisait à distinguer les différents sous-modèles du capitalisme (de concurrence, de monopole, monopoliste d’État – le CME), et à dire en quoi consistait le socialisme avec notamment la condition nécessaire sinon suffisante de la propriété publique des grands moyens de production, d’échange et de financement. La question qui se pose aujourd’hui est : quelle part de validité conserve cette analyse à laquelle bien peu, à gauche, font aujourd’hui référence ?

De nombreux auteurs ont situé leur analyse en longue période. Je laisse de côté les « déclinologues » aux objectifs trop évidemment intéressés. Je ne retiens pas non plus La fin de l’histoire de Francis Fukuyama (1), et Le choc des civilisations de Samuel Huntington par trop instrumentalisés (2), pour leur préférer Marcel Gauchet. L’auteur du Désenchantement du monde nous propose une interprétation qui me semble pouvoir nous être plus utile. Il ne procède pas à un découpage de l’histoire en périodes successives, mais il tente d’identifier des mouvements qui se superposent, des traits de la période précédente persistant dans la période suivante. Le sens général consiste en un passage de l’hétéronomie (une société sacralisée par le droit divin) à l’autonomie (par émergence et affirmation des droits individuels et de l’État). Il périodise le long effort des sociétés développées pour s’extraire du pouvoir religieux jusqu’à en retrouver la manifestation persistante dans les totalitarismes de classe du XX° siècle. Dans son dernier ouvrage L’avènement de la démocratie, il entreprend de dégager les déterminants de la période à venir (3).

Dans le même esprit, je retiendrai René Rémond qui, dans son livre Regard sur le siècle fixe le début du XX° siècle à la guerre de 1914-1918 et à la révolution soviétique de 1917, son achèvement à la chute du mur de Berlin en 1989 et à la disparition de l’Union soviétique en 1991 . Il le considère comme un siècle prométhéen où l’homme, sous différentes inspirations rationalisantes, a prétendu maîtriser son destin en affirmant son pouvoir sur la nature et la détermination de son histoire, grâce notamment à la science, au progrès et au culte du peuple. L’échec de cette tentative nous laisse désemparés au début de ce siècle, certains ayant prétendu, par ailleurs, qu’après l’expérience matérialiste, il serait spirituel ou ne serait pas, balancement un peu trop facile et simpliste.

Aucune de ces analyses ne nous donne les clés de l’avenir, mais je les ai évoquées pour caractériser le cadre méthodologique dans lequel, de mon point de vue, il convient de se situer. Nous sommes actuellement dans une longue période de décomposition sociale faisant suite aux expériences prométhéennes du siècle dernier, décomposition qu’il nous faut mieux comprendre à défaut de pouvoir dès maintenant la dépasser.


En quoi consiste la décomposition sociale qui nous sert de contexte ?

Les symptômes en sont multiples caractérisant à la fois une crise de la citoyenneté avec « perte des repères », crise des représentations notamment de la forme « parti », crise des médiations associatives, scolaires, familiales. S’il n’existe pas aujourd’hui d’interprétation globale de cette décomposition, du moins peut-on tenter d’en identifier certaines causes majeures. Pour ma part j’en retiendrai cinq.

C’est, en premier lieu, la relativisation de l’État-nation dans le processus de mondialisation. La mondialisation est une donnée sans précédent qui identifie notre époque. « La Terre étant une sphère, ne permet pas aux hommes de se disperser à l’infini, mais les contraint à supporter malgré tout leur propre coexistence » avertissait déjà Emmanuel Kant en 1795. Les affirmations nationales n’ont jamais été aussi nombreuses, mais elles ne sont plus aussi indiscutablement des références, soit qu’elles se soient affaiblies (on ne mourrait plus aussi délibérément pour la patrie dans des sociétés comme la nôtre), soit qu’elles s’exacerbent dans un nationalisme régressif. Cela n’est pas contradictoire avec le fait que l’on peut considérer que la nation, concurrencée aux niveaux infra et supranationaux, est et demeure le niveau le plus pertinent d’articulation du particulier et du général.

En deuxième lieu, la dénaturation du concept de classe sociale oblige à remettre sur le chantier l’analyse du procès de travail et la sociologie du monde du travail. La définition marxiste de la classe par référence aux rapports de production, eux-mêmes déterminés par la propriété des moyens de production, garde une pertinence certaine à la condition d’élargir le champ de l’analyse à celui où s’observe la confrontation du capital et du travail : le monde entier. Les classes se sont complexifiées, technicisées, aussi bien en ce qui concerne la bourgeoisie que la classe ouvrière. Cette dernière confère moins simplement que par le passé une citoyenneté de substitution à ceux qui étaient traditionnellement écartés de l’exercice du pouvoir.

En troisième lieu, les bouleversements spatiaux et géopolitiques modifient fortement les conditions de la transformation sociale. J’entends par là, aussi bien les changements intervenus dans les rapports des grandes puissances et la structuration de leurs échanges, que ceux constatés dans l’organisation et les relations des collectivités territoriales ou encore les transformations urbanistiques des dernières décennies, voire la mise en cause de l’écosystème mondial. L’image de la force tranquille sur fond de village rural ne correspond plus vraiment aux conditions de vie de nos concitoyens. Dans le monde, les zones de surpeuplement vont de pair avec des désertifications de grande ampleur.

En quatrième lieu, des changements dans le domaine des mœurs et des mentalités sont intervenus dans une période historiquement très courte et promettent d’évoluer encore de façon considérable dans le couple et la famille qui était traditionnellement, avec l’école, les lieux privilégiés de formation à la citoyenneté.

Enfin, en cinquième lieu, l’affaiblissement des grandes idéologies de caractère messianique est sans doute le facteur qui marque le plus significativement notre époque. Les ajustements successifs apportés à la théorie néoclassique (concurrence imparfaite, biens collectifs, effets externes, avantages non-marchands) ne sont pas parvenus à réduire l’écart croissant entre théorie et réalité ; dès lors la théorie s’est faite normative . Mais il est vrai que les libéraux ont moins de besoins théoriques que les planificateurs, la communication sur quelques thèmes bien choisis leur suffit, le marché faisant le reste, c’est-à-dire l’essentiel. Par ailleurs, les limites financières sur lesquelles bute aujourd’hui l’État providence ont pour effet de réduire la base idéologique sur laquelle la social-démocratie prétendait fonder une politique de redistribution au service d’une plus grande justice sociale. Enfin, la tension, classique en France notamment, entre marxisme et catholicisme s’est beaucoup affaiblie ; la contradiction entre ces deux principaux pôles de la vie politique nationale est devenue moins féconde sans que de nouveaux antagonismes s’y soient substitués avec la même force.


Que faire ?

Il y aura des élections dans quelques semaines, quelques mois, les prochaines années ; nous élaborerons des programmes et soutiendrons des candidats. Il est normal que des ambitions veuillent se traduire en mandats, mais tout compte fait il s’agit d’un jeu à somme nulle qui n’indique aucun sens dans des conditions où l’on conquiert le pouvoir au centre et la bonne conscience aux extrémités. « Vanité des vanités », là n’est pas l’essentiel. Alors que faire ?

Deux voies de recherche s’ouvrent naturellement.

La première, incontournable, consiste à travailler sur la décomposition, pour analyser les forces qui y siègent, les contradictions qui l’animent, aider ainsi à se situer sur le bon terme afin d’anticiper la recomposition et conjurer l’avènement toujours possible des monstres. C’est dans cet esprit que j’ai écrit, il y a quinze ans Pendant la mue le serpent est aveugle (5), et plus récemment, Éloge de l’échec (6).

La seconde voie de recherche est celle de la recomposition. Elle consisterait à entreprendre un travail de refondation idéologique qui serait susceptible de re-identifier des forces de recomposition sociale dans lesquelles on pourrait reconnaître la gauche. Il s’agit là d’une entreprise de grande ampleur. Pour ma part, je retiens sept chantiers (on pourrait parler des « fondamentaux de la gauche ») sur lesquels j’ai réalisé un certain nombre de travaux, mais qui sont sans commune mesure avec le travail collectif qu’il conviendrait, à mon avis, d’entreprendre. Je ne peux, ici, que les énumérer.

Premièrement, nous devons nous saisir de la notion d’intérêt général qui est tout sauf consensuelle, notamment en ce qui concerne la défense et la promotion de son vecteur principal : le service public. La France a une longue tradition en la matière qu’il convient de prolonger et d’enrichir, d’autant plus qu’elle est sévèrement contestée par le pouvoir sarkozyste. Un mouvement important est amorcé avec la pétition « Le service public notre richesse » lancée par une soixantaine de personnalités d’horizons très divers et déjà signée par plus de 40 000 personnes. Je souhaite bien évidemment que le MRC et ses adhérents s’y associent (7). Dans un monde de plus en plus interdépendant, le XXI° siècle pourrait et devrait être l’ « âge d’or » du service public.

Deuxième question intimement liée à la précédente : celle de l’appropriation sociale, concept que j’avance non pour le substituer à celui de propriété publique mais pour l’enrichir en tenant compte des enseignements de l’expérience, notamment des nationalisations réalisées en 1982. Il est loin le temps où le PS soutenait que « Là où est la propriété, là est le pouvoir » et où le PCF faisait de la réalisation d’un « seuil minimum de nationalisations » la condition de tout changement radical significatif. On ne conteste plus que le gouvernement de Lionel Jospin a privatisé plus que les gouvernements Juppé et Balladur. Aujourd’hui, seuls les capitalistes accordent de l’importance à la propriété. La gauche a abandonné le chantier si j’excepte une brochure de la Fondation Copernic sur L’appropriation sociale à laquelle j’ai contribué en 2002 (8). Bien sûr, l’appropriation sociale devrait de plus en plus s’effectuer sur une base internationale voir mondiale et concerner un certain nombre de biens publics tels que : l’eau, certaines ressources du sol et du sous-sol, la production de nombre de biens et de services, sans pour autant exclure, bien entendu, de nouvelles nationalisations.

Troisièmement, la citoyenneté est un thème de prédilection du MRC et il était à la mode, il y a quelques années sans que ses utilisateurs aient fait preuve de beaucoup de rigueur dans sa pratique. Ce concept n’est évidemment pas donné une fois pour toutes et doit faire l’objet d’une réflexion permanente sur ses dimensions constitutives : ses valeurs, les moyens de son exercice, sa dynamique dans une Europe et un monde de plus en plus interdépendants ce qui doit conduire, à mon sens, à s’intéresser corrélativement au concept de « subsidiarité démocratique ». L’un des avantages de la crise est aujourd’hui de renvoyer vers le sujet la responsabilité de la reconstitution de la citoyenneté sur la base de ses engagements multiples et singuliers que l’on pourrait considérer comme son « génome de citoyenneté ». J’ai écrit un « Que sais-je ? » sur la citoyenneté auquel je renvoie (9). On lira avec profit ce que dit sur le même sujet le prix Nobel d’économie Amartya-Sen dans son dernier livre Identité et violence (10).

Quatrièmement, je détache le principe de laïcité de la citoyenneté en raison de son importance particulière dans la recomposition. Les diverses déclarations du Président de la République sur le sujet mettent plus que jamais la question à l’ordre du jour, mais un trouble me semble s’installer au sein de la gauche elle-même où s’expriment des positions tendant par exemple à demander à l’État de faire respecter le principe d’égalité entre religions ce qui, à mon avis, contrevient à celui de laïcité. Plus généralement, les prises de positions invitant la France à ratifier la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales ou la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires me semble participer d’une dérive communautariste qui n’est pas acceptable pour ceux qui soutiennent, comme je le fais, la vocation de la laïcité à l’universalité.

Cinquièmement, dans un monde où se développent les échanges de biens, de services et de financements, la circulation des hommes rend inévitable une approche des questions de l’immigration et de l’asile plus ouverte. Nous sommes plusieurs ici, praticiens du droit d’asile à la Cour nationale du droit d’asile, à connaître la difficulté de se situer entre deux positions opposées également inacceptables : une naïveté qui laisserait le champ libre aux menées des dictateurs et des maffias et une rigueur qui confinerait à la xénophobie. Droit de cité et droit d’asile sont inséparables. C’est dans cet esprit que j’ai rédigé, avec celui sur la citoyenneté, un « Que sais-je ? » sur Le droit d’asile (11).

Sixièmement, la question institutionnelle, qu’il était de bon ton, il y a peu, de considérer comme secondaire au regard des questions sociales, ne saurait aujourd’hui être éludée après ses derniers développements ; je pense en particulier aux fantaisies des uns et des autres sur le thème de la VI° République et surtout au récent débat sur la loi constitutionnelle qui a engagé la constitutionnalisation du sarkozysme (12). Après le « parlementarisme rationalisé » de ses débuts, la « monarchie aléatoire » des cohabitations, on est aujourd’hui dans une « dérive bonapartiste » de la V° République qu’elle portait d’ailleurs en elle dès ses origines. Je ne vois pas comment aujourd’hui une recomposition de la gauche pourrait s’accommoder de ces institutions, a fortiori d’un régime plus franchement présidentiel. Favorable à un régime franchement parlementaire, je suis évidemment en franc désaccord avec la position officielle du MRC sur ce sujet.

Enfin, septièmement, dans l’esprit de mes remarques préliminaires, un travail important doit être réalisé pour parvenir à une interprétation de la mondialisation qui se dégage des stéréotypes actuels d’une mondialisation réduite à celle du capital et reçue comme une fatalité. Sans doute la mondialisation libérale tend-elle à occuper l’ensemble du champ des échanges marchands. Mais la mondialisation n’est pas seulement celle du capital pour importante qu’elle soit. Elle concerne tous les domaines de l’activité humaine : les communications, les échanges culturels, la solidarité humanitaire, etc. Dans le même temps, l’idéologie des droits de l’homme a envahi l’espace laissé libre par l’affaissement des grandes idéologies messianiques. Loin de moi l’idée de récuser la référence aux droits de l’homme tels qu’ils s’expriment dans les divers textes qui les consacrent, a fortiori de parler de manière péjorative de « droit-de-l’hommisme » comme certains le font parfois. Mais nous devons aussi rester lucides : les droits de l’homme constituent un ensemble confus en droit positif, sans passé historiquement traçable et non porteur de projet de société. Marcel Gauchet va jusqu’à dire que les droits de l’homme jouent dans la sphère sociale le rôle de régulateur qui est celui du marché dans la sphère économique (13). Rony Brauman déclarait récemment lui aussi que les droits de l’homme ne sauraient constituer à eux seuls une plateforme politique. Je partage ce point de vue.

Mais, et c’est sans doute le plus important pour l’avenir, il y a une prise de conscience croissante de l’unité de destin du genre humain, de la finitude de la planète, d’un « en commun » à définir politiquement, qui donne un sens constructif à la mondialisation à venir. De l’ « en commun » au « communisme », il n’y aurait qu’un pas. Un mot qui, aujourd’hui, subit son passé (14), mais je n’exclue pas qu’il puisse revenir à l’ordre du jour au cours du siècle engagé. Bref, au nom du principe de précaution, un mot à protéger.


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1) Francis Fukuyama, La fin de l’histoire et le dernier homme, Flamarion, 1992.
2) Samuel Huntington, Le Choc des civilisations, Odile Jacob, 1997.
3) Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde, Gallimard, 1985 et L’avènement de la démocratie, tomes I et II, Gallimard, 2007.
4) René Rémond, Regard sur le siècle, Presses de Sciences Po, 2000.
5) Anicet Le Pors, Pendant la mue le serpent est aveugle, Albin Michel, 1994.
6) Anicet Le Pors, Éloge de l’échec, Le Temps des Cerises, 2001.
7) Pour tout contact : contact@service-public-notre-richesse.fr ainsi quewww.service-public-notre-richesse.fr
8) L’appropriation sociale (en coll.), Éd. Syllepse et Fondation Copernic, 2002.
9) Anicet Le Pors, La citoyenneté, PUF, coll. Que sais-je ?, 2005 (3° éd.).
10) Amartya Sen, Identité et violence, Odile Jacob, 2007.
11) Anicet Le Pors, Le droit d’asile, PUF, coll. Que sais-je ?, 2008 (2° éd.).
12) Anicet Le Pors, « Le sarkozysme en voie de constitutionnalisation », L’Humanité, 4 août 2008.
13) Marcel Gauchet, La démocratie contre elle-même, Gallimard, « Tel », 2002.
14) On trouvera un développement de cette idée dans : Anicet Le Pors, « Que reste-t-il du communisme ? », Géopolitique n° 80, PUF, octobre-décembre 2002 ; disponible sur le blog : http://www.anicetlepors.blog.lemonde.fr

Schéma d’intervention de Patrick Quinqueton, Université d’été du MRC, Belfort, 6 septembre 2008.


Patrick Quinqueton (à gauche) discutant avec Anicet Le Pors
Patrick Quinqueton (à gauche) discutant avec Anicet Le Pors
Il nous faut d’abord, sans concession, analyser « l’état de la gauche », son évolution depuis un quart de siècle. Je vous propose une triple approche : les forces sociales, les idées, les organisations. Bien entendu, je me contenterai d’évoquer un certain nombre de sujets sur ces trois axes, sans prétendre à l’exhaustivité.


1 – Les forces sociales qui ont construit historiquement la gauche (les cadres de la République et les classes populaires) sont en déshérence. Et le mythe des « classes moyennes » a contribué à déconstruire toute perspective de changement.

Depuis un quart de siècle, les évolutions sociologiques sont importantes. Mais la façon dont les différentes couches sociales se regardent, s’organisent et se structurent, a aussi beaucoup évolué. Les couches populaires se sont paupérisées. Les inégalités se sont creusées. L’Etat et les services publics ont été affaiblis dans leur capacité à répondre aux besoins collectifs. C’est vrai. Mais c’est dans le discours public sur les acteurs sociaux que l’évolution est la plus nette, y compris à gauche.

Le discours de la gauche a progressivement glissé d’un discours qui s’adresse à des acteurs de l’histoire, comme citoyens ou comme travailleurs, à un discours qui s’adresse aux victimes, aux exclus, aux « personnes défavorisées ». Or, c’est loin d’être sans conséquences sur la capacité de mobilisation.

Quand on s’adresse à des citoyens ou à des travailleurs, on les invite à l’action collective pour des progrès possibles, à l’effort national pour développer et moderniser le pays, à la solidarité pour faire face aux difficultés qui se présentent.

Quand on s’adresse aux victimes, aux exclus, aux personnes défavorisées, on les plaint, on leur apporte généreusement un secours. L’action collective devient somme de secours individuels, la solidarité se mue imperceptiblement en une version à peine modernisée de la charité. On s’apercevra peut-être un jour que le RMI, ou le RSA, n’est pas exactement ce qui mobilise les citoyens. C’est un discours de « dames patronnesses », que prononce la gauche quand elle parle de sa propre politique en direction des exclus.

Le passage de l’un à l’autre s’est accompagné, avec l’individualisation, d’une perspective d’action collective voire politique à une perspective d’action contentieuse de chacun, au nom, par exemple, du droit au logement.

Pourtant, le mythe de la fin de la classe ouvrière n’a pas de sens sociologique : il y a toujours la même proportion d’ouvriers et d’employés dans la population active d’un pays comme la France. Le fait de l’occulter a, lui, un sens politique précis.

Les classes populaires ont été rejetées à la périphérie des villes. L’intéressante étude de Christophe Noyé et Christophe Guilluy, « Atlas des nouvelles fractures sociales en France » le démontre de façon éloquente. C’est là où la vie sociale est la moins structurée, dans la périphérie au-delà même des banlieues, que les classes populaires ont émigré, avec la fameuse « accession à la propriété », dont le mythe fonctionne encore si l’on regarde la politique du gouvernement actuel. En fait, les travailleurs sont relégués loin des lieux où les choses se décident.

En France, la gauche s’est aussi construite, avec la République, sur les « hussards » qu’étaient les enseignants. En jouant à grande échelle le rôle d’intellectuels organiques, ils ont contribué à la structuration d’une gauche originale, au point que l’on a pu parler à certains moments de la « république des professeurs ». Mais le désenchantement, faute d’objectifs clairs donnés par les gouvernements, de droite comme de gauche, en matière de contenus, de programmes et de réussite scolaire, s’ajoutant au dénigrement des fonctionnaires, a désespéré les enseignants, au point que beaucoup d’entre eux se vivent, parfois à l’excès, comme dans une « forteresse assiégée », ce qui ne permet pas d’ailleurs la reconstruction de solidarités avec les classes populaires.

Avec la montée des idées libérales, s’est développé une sorte d’hyper-individualisme de consommateur et d’épargnant qui s’est développé dans nos sociétés occidentales, qui s’accommode mal des combats collectifs.

Tout le monde est réputé un peu actionnaire (ce qui est d’ailleurs loin d’être exact). Et, dès lors, les intérêts de l’épargnant qui a placé ses économies en SICAV est présenté comme le même que celui des patrons des entreprises du CAC 40. Pendant ce temps, le livret A est banalisé pour lui faire perdre toute visibilité dans les classes populaires, qui doivent, elles aussi, placer leurs économies dans la sphère spéculative. Il suffit d’écouter n’importe quel bulletin radiophonique ou télévisé sur la Bourse pour se rendre compte que la valeur des actions est le critère implicite de la bonne santé de l’économie, donc de l’épargne, donc des revenus de toute la population.

Cela conduit à ce que quiconque a quelques petites économies déplace ses solidarités, son sentiment d’appartenance, vers d’autres intérêts que ses intérêts réels. Il est vrai que quand les salaires n’augmentent pas, on attache une plus grande importance au produit de l’épargne, au point d’oublier que l’inégalité devant les placements est encore plus grande que celle entre les salaires.

La rente est aujourd’hui beaucoup mieux considérée que le travail. Et d’ailleurs, le président de la République en a tiré les conclusions dans la loi dite TEPA (travail emploi pouvoir d’achat) : les sommes consacrées aux exonérations des plus gros rentiers (le bouclier fiscal, la baisse de l’imposition sur les hauts revenus) sont cinq fois plus élevées que celles dédiées au désormais fameux « travailler plus pour gagner plus », dont il fait tant de cas mais qu’il ne prend lui-même pas au sérieux.

Il faudrait aussi regarder plus précisément en quoi Internet a accentué certaines fractures sociales et culturelles, notamment générationnelles, tout en développant de nouveaux moyens d’information et de combat politique. Il est nécessaire que la gauche comprenne précisément ce que ce moyen de communication produit chez les individus pour en faire un outil de citoyenneté.

Le cas du référendum français de 2005 rejetant le projet de constitution européenne est d’ailleurs un de ceux qui permettent de voir que, par des moyens originaux, on peut, dans un contexte exceptionnel, reconstituer de vraies solidarités de classes.

Il est probable que la reconstruction d’un « front de classe » qui puisse porter un projet progressiste passe par l’appui de ceux qui vivent principalement de leur travail (qui inclut les retraités qui vivent de leur travail passé et les chômeurs qui recherchent un travail) contre ceux qui vivent principalement de la rente. Mais un travail important d’explication est nécessaire si la gauche veut éviter les malentendus.



2 – Les idées libérales ont triomphé, paradoxalement avant-même l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981. Du coup, on en est à se demander ce que sont aujourd’hui des idées de gauche. Il faut d’abord dresser le tableau des difficultés et des impasses idéologiques de la gauche. Et identifier les principales défaites intellectuelles de la gauche.

Les débats intellectuels des années 1970 ont consacré la montée en puissance des « Chicago boys », autour de Milton Friedmann, qui, après avoir vendu leurs idées au général Pinochet au Chili, ont créé les conditions idéologiques de la victoire de Margaret Thatcher en 1979 et de celle de Ronald Reagan en 1980.

En prenant la gauche de gouvernement à contrepied, ce discours puisait sa force dans la limite des politiques interventionnistes face à la montée du chômage dans les années 1970 et 1980. Mais la gauche française n’a pas su y faire face efficacement. La théorisation de la « parenthèse » libérale de 1983, qui n’a jamais été refermée, a sans doute contribué à la défaite des idées de gauche, du fait de la faiblesse de l’explication politique : si, quand cela va mal, on est obligé d’aller puiser dans les idées de l’adversaire et qu’on le théorise, c’est que l’adversaire a raison. Identifier la « pause dans les réformes » et le retour à des politiques libérales, cela délégitime les réformes que l’on entend conduire.

La seconde défaite intellectuelle de la gauche a été, sans qu’elle l’ait toujours analysé clairement, l’effondrement de l’Union soviétique. Cela peut sembler curieux pour la social-démocratie, qui n’est précisément pas suspecte d’avoir soutenu Staline ou l’URSS. Mais elle en était le miroir. Et cette implosion a permis la théorisation de la « fin de l’histoire », comme celle d’un moment où il n’existait plus de modèles pour concurrencer le modèle au pouvoir dans les pays occidentaux, c’est-à-dire le modèle du libéralisme et de la financiarisation de l’économie.

Certaines analyses historiques ont contribué fortement à faire de la « révélation » des crimes de Staline, puis de l’effondrement de l’URSS l’occasion d’un affaiblissement des idées de gauche. En effet, la présentation de la Révolution française et plus précisément des jacobins comme ceux qui ont rendu idéologiquement possible le totalitarisme, a conduit à la dévaluation de toute idée de gauche ou de progrès.

Ceci s’est produit en deux temps, d’abord après la « révélation » des crimes de Staline, qui n’en était une dans les années 1970 que pour ceux qui, anciens militants du PCF ou compagnons de route, avaient alors fermé les yeux et se sont plus facilement attaqués à la Révolution française pour excuser leur propre aveuglement passé. Les nouveaux philosophes surfaient sur cette vague, d’autant plus qu’ils venaient de l’extrême-gauche. Cela a conduit aussi, du fait de sa propre cécité, à l’effondrement du PCF. Mais, dans un second temps, dans les années 1990, le même courant de pensée a surfé sur l’effondrement de l’URSS pour dévaluer tout ce qui entravait la libre domination des idées libérales, c'est-à-dire la nation, l’égalité, l’Etat, et plus largement toute intervention publique dans l’économie et la société, immédiatement suspectée de préparer la dictature et pourquoi pas, le goulag.

Mais il, est une troisième défaite sur le terrain des idées, c’est celle de la faible résistance à la première guerre du golfe en 1991, voire pour certains, à la seconde. C’était le consentement anticipé à la guerre des civilisations, ou plus trivialement, la première ratonnade applaudie par les intellectuels dits de gauche.En effet, en suivant aveuglément les Etats-Unis dans leur croisade militaire pour délivrer le Koweit (dont l’invasion était d’autant plus un péché qu’il s’agit d’une grande puissance financière), les européens ont créé les conditions de la fracture entre l’occident et le monde musulman. Les événements des années 1990 en Algérie sont aussi, parmi d’autres causes, le fruit de cette première guerre. A fortiori pour l’intervention américaine en Irak.

Ceci se poursuit avec l’ambiguïté de la lutte contre le terrorisme, combien nécessaire, mais mal définie, et donc source de confusions. Et les débats actuels sur la présence militaire française en Afghanistan montent bien en quoi les intellectuels français à la remorque des néoconservateurs américains sont dans l’impasse.

Dans le mouvement anti ou altermondialiste, la gauche française est par ailleurs ou pour cela assez peu présente, ce qui s’explique sans doute par une vision internationale assez limitée à l’Europe, ou plutôt centrée sur l’Europe de Bruxelles, et sur le rapport de l’Europe aux Etats-Unis.

Ces défaites idéologiques, la gauche ne les a pas vues venir et ne les a donc pas théorisées, en choisissant l’évitement.

Du coup, la gauche s’est un peu perdue entre les concessions au libéralisme ambiant. Elle s’est réfugiée soit dans la recherche de paradigmes de substitution, soit dans un discours désincarné sur les droits de l’homme ou le développement durable, soit dans un localisme sans perspectives, soit dans un discours de radicalité sans débouchés.

La recherche de paradigmes de substitution s’est illustrée notamment avec l’Europe comme projet de substitution au socialisme, après le tournant de la rigueur. Au prix d’une confusion entre internationalisme et européisme, la tradition socialiste a survalorisé sans aucun esprit critique la perspective européenne, parée de toutes les vertus. Jean-Pierre Chevènement a, dans un livre paru il y a quelques années, décrit la « faute de M. Monnet », le fameux « détour » pour construire l’Europe consistant surtout à se détourner des peuples. Et les esprits distraits ne devraient pas oublier que ce grand visionnaire qu’est sensé être Robert Schuman avait tout de même voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en juillet 1940. C’était donc, dès le départ, l’Europe contre les peuples. L’Europe a fonctionné à gauche à la fois comme un paradigme de substitution et comme un moyen d’évitement des difficultés nationales et des mouvements sociaux, ainsi que comme un moyen présentable d’entrer dans le consensus néolibéral par la petite porte. Et il est assez frappant de voir à quel point la gauche française a une perception de l’Europe très centrée sur les institutions communautaires. La connaissance de la vie politique et sociale chez nos principaux partenaires européens est assez lacunaire. Mais je crains que cela ne se limite pas à la gauche.

Les discours désincarnés sur les droits de l’homme, puis sur le développement durable sont une autre impasse de la gauche. Non pas que les droits de l’homme soient une question négligeable ou que le développement durable ne soit pas un objectif à atteindre. Ceux qui militent en ce sens sont estimables. Et il y a des combats à mener dans ces domaines. Mais politiquement il s’agit le plus souvent de discours pieux qui ne s’articulent en rien sur la réalité sociale et sont d’ailleurs inefficaces au regard des objectifs qu’ils se fixent, sauf pour se donner bonne conscience. Ce sont d’ailleurs avant tout des postures politiques.

L’autre écueil idéologique a été l’expérimentation sociale, qui a sombré à gauche dans un localisme de mauvais aloi. Si l’on ne peut pas résoudre les grands problèmes, essayons d’expérimenter des solutions locales. Je suis moi aussi élu local en Lorraine, et je ne néglige pas cet aspect des choses. Mais cette pensée, partie du rocardisme, qui en faisait un axe de son identité, a sombré, sans aucun débat sur les politiques publiques qui y sont menées, dans l’idéalisation des pouvoirs locaux. Cela a surtout l’avantage de distribuer des postes aux militants du parti, ainsi que de permettre aux carrières politiques de se poursuivre localement quand le corps électoral vous inflige une cuisante défaite aux élections nationales.

Le discours de radicalité est une autre tentation de la gauche. C’est si plaisant d’échapper aux contradictions de la gestion en fixant des objectifs dont les citoyens ne peuvent jamais juger de la pertinence, dès lors qu’ils n’ont jamais à être mis en œuvre. La tentation de certains intellectuels de se satisfaire d’un discours radical rencontre d’ailleurs celle de certains des gestionnaires de ne plus se laisser interroger sur leur pratique. La construction d’une gauche radicale à côté d’une gauche de gouvernement, qui peut satisfaire apparemment l’une et l’autre, c’est à coup sûr la défaite de la gauche, dans les idées comme au gouvernement.

Dans le même temps, les idées républicaines cèdent le pas devant les obscurantismes de toutes sortes et les replis communautaires. Les idées républicaines existent en France, et elles sont présentes dans la gauche. Mais elles ont à faire face à l’une des conséquences du néolibéralisme, qui est la délégitimation de toute construction collective et la survalorisation de l’individu comme consommateur. Sans doute aussi, l’une des faiblesses des courants républicains (et nous n’y échappons pas toujours) est de se présenter l’idée républicaine comme un âge d’or auquel il faudrait revenir, alors qu’il est surtout urgent de la projeter dans l’avenir, comme le cadre possible de la solution des problèmes contemporains. C’est un œil critique contre les conformismes et les idées toutes faites, contre tous les communautarismes, pour reprendre le titre du livre de Julien Landfried.



3 – Les organisations de gauche sont à bout de souffle. C’est vrai de ses partis politiques, comme des organisations sociales qui, par leur action, contribuent à la transformation du monde.

Les syndicats, traditionnellement forts dans certains pays et plus faibles dans d’autres, ont en 25 ans perdu la moitié de leurs adhérents en Europe. Cet affaiblissement est vrai partout, en Allemagne ou en Suède où le syndicalisme est traditionnellement fort, et en France où il est plus faible et semble toutefois se stabiliser mais à un niveau bas. Mais en même temps que leur faiblesse, les confédérations se sont multipliées, avec l’ajout aux cinq reconnues représentatives de deux nouvelles, ce qui est bon pour le renouvellement mais accroit la division. C’est pourquoi il ne faut pas négliger la position commune du 9 avril dernier, qui pousse à leur renforcement, voire à leur regroupement.

Les mouvements d’éducation populaire, que l’on désigne aujourd’hui sous l’expression « les associations », sont très affaiblis. Il se trouve que, dans mon activité bénévole, je préside un réseau national d’associations, l’UNHAJ (Union nationale pour l’habitat des jeunes), qui fédère des associations ‘et autres) gérant des foyers de jeunes travailleurs et des services logement pour les jeunes. Je connais, dans ce cadre, de nombreux responsables associatifs. Issu de l’éducation populaire de l’après-guerre, le monde associatif est aujourd’hui affaibli dans sa substance. Le projet associatif est souvent absent, laissant la place à la gestion quotidienne d’activités, ce qui ne contribue pas à en faire un pôle de changement. Les grands mouvements ont de plus en plus de mal à fédérer des initiatives autour d’idées progressistes. Pourtant, là aussi, la volonté de projet collectif n’est pas absente, même s’il est difficile à penser.

Dans d’autres domaines, les mutuelles, à l’origine de la sécurité sociale, sont peu à peu normalisées sous la double influence de la gestion financière de la protection sociale et de la concurrence d’assurances privées profitables. Elles ne sont donc plus suffisamment des pôles de contestation et d’innovation des politiques sociales.

Les ONG, dites « tiers-mondistes » à l’origine lorsqu’elles sont apparues dans les années 1960, étaient aussi un des éléments de l’internationalisme progressiste. Mais beaucoup sont aujourd’hui entrées dans l’ère libérale. Il s’agit pour les plus connues de conforter l’image de l’homme blanc occidental se penchant charitablement sur la misère du monde. Et ce n’est donc pas par hasard que Bernard Kouchner est ministre de Sarkozy.

Il n’est plus question d’agir pour le développement des pays du tiers monde. Pourtant, il faut reconnaître qu’un certain nombre d’organisations ont progressé dans cette orientation en soutenant l’émergence d’organisations locales dans le sud de la planète. Et ce sont aussi ces organisations qui ont nourri les forums dits altermondialistes. Cela montre que ce vivier tiers-mondiste a nourri le meilleur et le pire.

Comme on le voit, les organisations qui ont pesé sur la gauche et l’ont alimentée en militants sont dans un état d’affaiblissement même si ici et là il subsiste des îlots de résistance et d’envie de changement. Mais il faut aussi, exercice délicat, faire le point sur les organisations politiques de la gauche.

Le PS est un parti d’élus et n’a plus vraiment de projet fédérateur. Contrairement à ce qui est seriné dans les médias à la suite de l’Université d’été de La Rochelle le week-end dernier, ce n’est pas d’un déficit de leadership qu’il souffre. Principalement. C’est plutôt de l’absence d’un projet commun et rassembleur pour le monde du travail, pour la gauche et pour le pays. La plus grande difficulté est là : les citoyens français sont aujourd’hui dans l’incapacité de savoir ce que pense le parti socialiste, autrement que par une suite de prises de positions qu’ils peuvent apprécier mais dont il ne voient pas le sens.

Le PCF a beaucoup perdu de militants et s’est effondré électoralement. La banlieue rouge et les villes ouvrières de provinces lui sont peu à peu grignotées. Il reste une capacité de mobilisation, malheureusement souvent défensive. Il reste la fête de l’Huma, et ce n’est pas rien comme lieu de rendez-vous des forces de progrès.

La LCR, qui se transforme en NPA, est dans une perspective stratégique dangereuse pour la gauche toute entière, même si elle peut rassurer certains sociaux-libéraux, qui redoutent les mises en causes radicales. Mais rien ne serait pire pour la gauche que la séparation entre une gauche de gestion qui ne changerait plus rien et une gauche radicale qui parlerait sans jamais entrer dan le changement réel.

Les Verts n’ont pas su sortir du concept de nature, qui est profondément réactionnaire, pour développer une véritable culture du développement durable. Et ils se sont mués en un petit groupe de pression erratique.

Les radicaux n’ont qu’à la marge et dans quelques rares départements su faire vivre la tradition d’une gauche républicaine d’émancipation.

Il ne nous faut pas seulement critiquer les autres. Force est de constater que le projet d’un mouvement républicain et citoyen que nous portons depuis 1993 n’a pas véritablement rassemblé ni pris forme.

Par la force des choses, c’est autour du PS que se fera ou ne se fera pas la structuration de la gauche, à moins d’une improbable décomposition. Et il faut bien dire que le groupe de liaison qui a été mis en place depuis quelques mois est bien poussif.

Il existe aussi un problème lié à la base très étroite des militants du PS. La gauche française repose sur les décisions de 100 000 personnes, dont la moitié d’élus, légitimement attachés à leur siège. Il faudra soit que cette base s’élargisse réellement, soit qu’un mode particulier d’ouverture au peuple de gauche soit mis en place.

Pour notre part, nous pensons même que c’est par une refondation de toute la gauche, à partir d’un projet républicain dynamique, que ce sera possible. Mais toutes les formules qui permettront d’avancer sont bonnes à prendre.

Discours de Jean-Luc Laurent, Secrétaire national à l’organisation du MRC, Université d’été de Belfort, 6 septembre 2008.


Jean-Luc Laurent
Jean-Luc Laurent
En guise d’introduction, je souhaite, naturellement, remercier Etienne Butzbach, Maurice Schwartz et toute l’équipe du MRC du Territoire de Belfort pour la qualité de l’accueil et de l’organisation dont ils nous gratifient pour ce week-end de réflexion collective.

D’entrée, je souhaite vous confesser une chose : pour le militant chevènementiste que je suis– c’est une appellation d’origine contrôlée ! – venir à Belfort produit toujours des sensations particulières et nous procure à tous, un réel plaisir. Pour ma part, je puis témoigner, avec une objectivité qu’aucun d’entre vous ici ne saurait contester, que cette ville a évolué de manière remarquable, de manière exemplaire, sous l’impulsion de Jean-Pierre Chevènement. En déambulant aujourd’hui le long des quais colorés de la Savoureuse, nous n’imaginons plus le chemin qui nous sépare de la ville de garnison austère d’autrefois. Pourtant ce destin n’était en rien acquis. Belfort a connu la crise industrielle et une mutation économique et sociale qui aurait pu s’avérer fatale.

Accueillant ce week-end l’université d’été du MRC, Belfort atteste aujourd’hui encore qu’elle n’a rien perdu de son caractère d’insoumission et de résistance ! Disons-le sans abuser d’immodestie, notre mouvement demeure, à bien des égards, le Vauban de la gauche. Un rempart contre la bien-pensance qui imagine pouvoir s’affranchir de la plus noble des conquêtes politiques : la République.

Nous ne saurions pourtant nous satisfaire de nos capacités défensives. Le thème que nous avons choisi d’explorer ensemble pour les deux jours à venir nous invite à passer à l’offensive : « L’état de la gauche et les perspectives de sa refondation » : voilà un programme ambitieux dans le contexte de disette doctrinale dans lequel la gauche se trouve enlisée.

Convenons-en, le thème de nos réflexions se trouve singulièrement en phase avec l’actualité. Quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, je me dis qu’on a raison de penser ce qu’on pense. Face aux petites phrases, aux oppositions pavloviennes, aux intrigues de coulisses, aux coalitions improbables, le peuple se trouve orphelin d’une gauche solide, sérieuse, proposant une alternative. il faut calmer les esprits, gagner en sérénité, prendre de la hauteur. Pour mémoire, un sacre, fut-il célébré à Reims, n’offre aucune garantie à long terme… Pour Charles X, le règne ne dura pas longtemps avant que ne surviennent les Trois Glorieuses.

Lorsque la gauche aura enfin pris conscience qu’il est désormais urgent d’articuler la pensée et l’action, nous aurons fait un grand pas vers la refondation de la gauche. Nous ne pouvons plus faire l’impasse sur une analyse globale de la réalité économique, sociale, géopolitique qui nous entoure. Les calculs de boutique permettent parfois d’assurer l’alternance et de faire illusion, mais c’est la pensée qui prépare de manière opérante le changement et le rend possible !

Nous aurons l’occasion de le constater encore ce week-end, à l’Ouest – il ne vous a pas échappé que j’évoquais Royan – rien de nouveau ! La confusion et l’inconséquence se disputent les premiers rôles. Au-delà des péripéties parfois grotesques, souvent préoccupantes, qui caractérisent la pratique du pouvoir du Président Sarkozy, l’orientation politique qu’il prescrit pour notre pays est alarmante. Au moment précis où s’effondrent un à un les dogmes libéraux qui ont précipité le monde dans la crise que nous connaissons aujourd’hui, le locataire de l’Elysée a multiplié les décisions contradictoires et les annonces incompatibles : l’Atlantisme triomphal de son début de mandat vient de se détourner sur le chemin de Damas, la diplomatie des Droits de l’Homme reçoit en grande pompe le leader libyen, le Président du pouvoir d’achat est devenu celui de la vie chère, le logiciel prétendument républicain du candidat entérine la reconnaissance dans langues régionales dans la Constitution, l’europhile intrépide croise régulièrement l’Europe du commissaire Mandelson, le libéral décomplexé nomme désormais les directeurs des radios et de la télévision publique. A chaque fois, le Président, armé de son verbe péremptoire, vient de rencontrer la réalité. Dans ce théâtre d’ombres, Ubu roi a trouvé son successeur.

Ne voit-on pas le risque qu’il y a, là, droit devant nous ? Lorsque le plus habile des faiseurs, le plus inconséquent des illusionnistes, en aura terminé avec son narcissisme, que restera-t-il, dans l’imaginaire du peuple, de la dignité de la fonction d’élu ? Que restera-t-il de la puissance symbolique d’une République que le premier d’entre nous aura pipolisé, et au final, profondément déshonoré ?

A gauche, il nous revient de reprendre la barre, d’étudier la carte et de définir un cap. Nous ne pouvons pas nous satisfaire de réagir au coup par coup et de naviguer à vue au fil de l’eau. Le scandale de la privatisation de la Poste par exemple doit nous inviter à comprendre la genèse d’une telle capitulation. Comment, et pourquoi en sommes-nous arrivés là ? L’abandon des services publics procède de choix politiques dont la gauche ne peut raisonnablement se désolidariser pour la simple et bonne raison qu’elle y participa plus qu’à son tour. Du « ni… ni… » des années 80 aux directives européennes sur les services publics, ne voit-on pas les liens par lesquels la gauche établie s’est assujettie ? C’est de cette servitude intellectuelle dont nous devons nous défaire.

Un autre exemple, lui aussi révélateur, lui aussi criant d’actualité. Je veux parler du Revenu de Solidarité Active (ou RSA pour les plus familiers). Le Parti Socialiste et le Parti Communiste ont choisi de condamner bruyamment cette mesure annoncée la semaine dernière par Nicolas Sarkozy. C’est omettre lourdement que ce dispositif était inscrit dans le projet de la candidate socialiste il y a à peine plus d’un an… . Est-ce véritablement le choix politique qui se trouve contesté ou bien sa provenance ?

Pour construire le projet de demain, nous devons collectivement aider la gauche à se concentrer sur l’essentiel : bâtir une réflexion, une idéologie sérieuse qui soit en phase avec ses principes originels aujourd’hui désertés, et en phase avec les problématiques de notre temps.

Pour ce qui nous concerne, le Mouvement Républicain et Citoyen a engagé un cycle nouveau depuis le Congrès du Kremlin-Bicêtre. Depuis, beaucoup de choses se sont déjà passées : la nouvelle direction est au travail. En témoignent le nouveau site internet, la refonte du journal Citoyen militant, les textes élaborés par le Secrétariat National et bien entendu, le nouveau siège national près de la gare de Lyon dans lequel nous pourrons nous installer dans quelques semaines. Nous sommes au travail. nous ne sommes pas en capacité de nous satisfaire d’avoir, je le crois, défini le corpus idéologique le plus complet, le plus juste, le plus pertinent. Au-delà, nous sommes contraints de constater que notre discours n’est pas entendu, écouté, identifié avec force. Soyons lucides et humbles : le réel nous a donné raison, mais nous sommes souvent les seuls à le savoir ! Nous devons apprendre à nous faire connaître et à diffuser nos idées. Le peuple a besoin de nous.

Je veux porter ici un message d’espoir. Nous ne sommes pas seuls. Réjouissons-nous, puisque la mode semble être revenue aux apprentissages fondamentaux à l’école. Le temps est donc venu pour la gauche de retrouver sa grammaire, ses fondamentaux ! Jules Michelet écrivait en 1847 : « L’esprit de la Révolution, […] en lui seulement la France eut conscience d’elle-même. Dans tout moment de défaillance où nous semblons nous oublier, c’est là que nous devons nous chercher, nous ressaisir. »

Se ressaisir, se ressourcer, voilà l’enjeu aujourd’hui. Pour cela, nous devons mobiliser notre énergie pour comprendre le monde et proposer aux citoyens Français le projet dont nous avons besoin. Si j’évoque à dessein cette référence à la Révolution Française, c’est parce que, pour tout Républicain, elle demeure le phare qui permet de se retrouver au milieu de la tempête. Oui, Michelet a raison, nous devons aujourd’hui encore, puiser et nous inspirer de nos aînés. Non pas pour transposer en bloc des solutions d’hier, mais pour prendre la mesure de l’état d’urgence dans laquelle notre République se trouve aujourd’hui. Il suffit de lire et de relire les discours des grands orateurs et parlementaires de la phase révolutionnaire pour être saisi d’une chose : l’urgence pour eux ne se réduisait pas à des affaires d’appareil ou de casting. L’urgence, c’était la pensée, le débat fécond, la polémique utile. La gauche doit apprendre à parler et à penser en philosophe, en philosophe du peuple. Puisse cette Université d’Eté contribuer à la réflexion, c’est ainsi que nous serons utiles à la gauche et à la France !
Le projet de loi relatif au Grenelle de l’environnement rappelle les engagements des chefs d’Etat de l’Union Européenne en matière de lutte contre le changement climatique : le 3 fois 20 :
-20% de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
-20% d’augmentation de l’efficacité énergétique.
-20% d’augmentation des énergies renouvelables.

Réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre est le seul des trois engagements qui a un véritable impact écologique. L’augmentation inéluctable des prix du gaz et du pétrole aura une incidence qui devrait permettre d’être plus exigeant vis-à-vis de cet engagement, car il représentera une véritable taxe carbone. Mais imposer 20% d’énergie renouvelable, en France, n’est pas un objectif écologiquement intéressant contrairement à d’autres pays. Toujours en France, l’utilisation des énergies renouvelables pour la production d’électricité, n’est intéressante ni pour le climat, ni pour l’indépendance énergétique. Ce n’est pas le cas pour les pays qui utilisent les ressources fossiles pour cette production. Dans ces pays, chaque kWh produit par de l’énergie renouvelable réduit automatiquement les émissions de CO2. L’Union devrait se donner un seul objectif, celui de diminuer ses rejets de gaz à effet de serre, et laisser la liberté aux pays membres d’améliorer l’efficacité énergétique ou de recourir aux énergies renouvelables pour atteindre cet objectif. Pourquoi demander à tous les pays le même pourcentage de réduction ? Il est plus équitable et plus efficace de moduler ce pourcentage en fonction des rejets actuels par habitant de chaque pays, afin d’arriver, à terme, à un rejet uniforme pour chaque Européen.

L’Union devrait avoir une politique d’approvisionnement énergétique en développant avec les pays producteurs des contrats à longs termes, basés sur des collaborations durables. Une telle politique serait profitable à l’ensemble des pays qui la compose.

Il est clair que le souci de protéger le climat sera promoteur du vecteur électricité, à condition que le mode de production ne fasse pas appel aux énergies fossiles carbonées. Le nucléaire doit jouer un rôle important dans la réduction des gaz à effet de serre. Il faudra à terme passer à la génération IV pour obtenir la durabilité de ce type de production. L’effort de recherche et développement doit se poursuivre.

Le transport collectif doit être développé, mais les Français sont attachés à leur voiture. Pour accompagner ce changement, il faut promouvoir les transports collectifs comme alternative à la voiture et prévoir un moyen de transport individuel propre et durable. La voiture hybride est donc intéressante pour les déplacements urbains et périurbains. Elle doit être développée et améliorée ; la voiture hybride rechargeable ou la voiture tout électrique, dans un pays où l’électricité est produite sans gaz à effet de serre, est le moyen de déplacement individuel le plus économique et le plus écologique.

Pour le chauffage des habitations et des bureaux, il faut étudier la possibilité de développer des réseaux de chaleur où la source ne produirait pas de gaz à effet de serre. Là, les énergies renouvelables (solaire thermique…) d’une part, et l’énergie nucléaire (pompe à chaleur…) d’autre part, peuvent apporter chacune des solutions complémentaires.

Enfin l’État, en termes d’aménagement du territoire, doit dans ses directives prendre en compte les problèmes énergétiques et en particulier s’efforcer de rapprocher les lieux de vie des lieux de travail.
En conclusion, au moins trois choix énergétiques sont possibles, ayant des conséquences différentes. Le premier est de continuer à consommer les énergies fossiles, c’est un choix de développement non durable. Le deuxième consiste à n’utiliser que des énergies renouvelables, c’est un choix de « non développement », mais durable. Le troisième est de ne rien négliger : ni les énergies renouvelables, ni la gestion raisonnable de l’énergie afin d’en réduire la consommation, ni l’indispensable développement de l’énergie nucléaire.

Actualités

I Publié le Jeudi 4 Septembre 2008 par MRC

Mots-clés : éducation

Aujourd’hui, l’Ecole publique ne tient plus pleinement son rôle d’institution majeure de l’Etat républicain, dont la mission est de donner à chaque élève, futur citoyen, les clés de sa liberté, grâce à une solide maîtrise du savoir. Pour la redresser et la refonder, il faudrait faire le pari de la qualité, et mettre l’accent tout à la fois sur le travail, l’exigence et l’implication forte de l’Etat.


Les tropismes libéraux de la droite ruinent les quelques velléités de redressement. La gauche, attachée historiquement à l’Ecole, doit refuser les dérives inspirées par une idéologie libérale-libertaire, à l’œuvre depuis plus de trente ans dans le domaine pédagogique, comme sur des structures marquées de plus en plus par la concurrence et le marché.

Avec cette rentrée 2008, la politique Sarkozy-Darcos avance masquée : au delà des mots qui rappellent les grands principes et peuvent être marqués par le bon sens, c’est globalement un grave affaiblissement de l’école républicaine qui est engagé.

Quel jugement porter sur les principales mesures mises en œuvre ou annoncées ?


1- Pour l’école primaire
Le MRC est depuis longtemps partisan de programmes simples, structurés, rigoureux, qui redonnent toute leur place à une solide progressivité des apprentissages.
Les nouveaux programmes, qui mettent l’accent sur les apprentissages fondamentaux (l’orthographe, la grammaire, la rédaction, le calcul opératoire, …) et le recours à des exercices plus systématiques et à la mémoire, comportent des éléments positifs. Des bases solides ne sont en rien contradictoires avec le développement de la compréhension et de l’esprit critique des élèves.
En revanche, quand Darcos, poussé par la volonté de Sarkozy de réduire le nombre de fonctionnaires, décide de supprimer deux heures hebdomadaires pour les élèves en fermant les écoles le samedi matin, c’est une faute grave contre l’école primaire. Ce n’est pas en travaillant moins que les élèves amélioreront leurs résultats.
L’aide personnalisée instituée pour les élèves en difficulté, qui justifie cette réduction selon le ministre, est bienvenue, mais elle aurait dû être financée tout en maintenant pour tous les élèves l'horaire ancien.
C’est, sur ce point, une véritable régression scolaire qui va entrainer l'amenuisement de l’enseignement dans de nombreuses disciplines.


2- Dans l’enseignement secondaire
Nous sommes partisans d’accroître le rôle des dispositifs de soutien. La généralisation de « l’accompagnement éducatif » pour les élèves volontaires, dans les collèges, et les stages de soutien initiés dans les lycées vont dans le bon sens.
En revanche, le projet de réforme du lycée vise à réduire, là aussi, le nombre d’heures de cours donnés aux élèves par des professeurs qualifiés, pour faire des économies massives de postes.
Et cela, au prix d’un mensonge pour le primaire, comme pour le secondaire : la France n’est pas le pays où les horaires annuels des élèves sont les plus élevés d’Europe. Elle est simplement dans une bonne moyenne. Notre école va donc régresser.
Le ministre Darcos veut faire le « lycée light » qu’Allègre avait tenté d’imposer. Allègement des connaissances acquises, allègement de l’encadrement professoral, seront le résultat de cette réforme si elle aboutit.

3- Au niveau des personnels
Les conditions d’enseignement vont souvent être rendues plus difficiles, du fait des 11 200 suppressions de postes en septembre 2008 et des 13 500 prévues pour 2009. Le ministère s’oriente aussi vers une utilisation accrue des heures supplémentaires et plus gravement, vers l’appel à des vacataires de droit privé. Ainsi, le noyau dur des professeurs fonctionnaires, au statut protecteur, pourra progressivement être déstabilisé (la Poste a connu sur plusieurs années une telle évolution).
L’annonce brusque et succincte, par Nicolas Sarkozy, d’une réforme de la formation des enseignants, fait craindre le pire.
Certes, le contenu de la formation dans les IUFM nécessite de profonds changements. Le MRC est critique sur toute forme de « pensée unique » sur le plan pédagogique, orientation qui est loin d’ailleurs d’avoir montré son efficacité. Toutes les conceptions et méthodes doivent être enseignées aux futurs professeurs afin qu'ils puissent exercer leur liberté pédagogique.
Mais le projet vise, là aussi pour réaliser des économies importantes de postes, à liquider toute formation professionnelle sérieuse, derrière l’affichage trompeur d’un recrutement au niveau du Master.


4- Enfin, le principe de « concurrence » va davantage s’appliquer dans l’enseignement :
L’autonomie renforcée des établissements que souhaite Nicolas Sarkozy, alliée à la marche accélérée en cette rentrée 2008 vers la suppression totale de la carte scolaire, vont encore accroître la concurrence et les inégalités entre les établissements scolaires puisque le gouvernement n'a pas pris les mesures permettant d'améliorer la qualité des établissements en difficulté et d'accroitre résolument le brassage social.
Déjà, un rapport de l’Inspection générale, montre que les mesures prises à la rentrée 2007 ont contribué à faire régresser la mixité sociale. Les plus pauvres, les plus démunis culturellement et financièrement seront assignés à leur territoire-ghetto et se retrouveront entre eux, avec très peu d’espoir de réussite et d’élévation sociale.
La détérioration de la situation de certains établissements publics, notamment dans les quartiers difficiles, favorise auprès des familles la concurrence des établissements privés de plus en plus attractifs, et de fait, favorisés par la politique du gouvernement qui porte atteinte à l’école publique.

Au total, les mesures mises en œuvre ou annoncées en cette rentrée de septembre 2008, demandent explications et convictions, pour montrer les contradictions et les enjeux. Derrière des mots rassurants, malgré quelques mesures acceptables, l’essentiel est inspiré par une conception libérale de l’Ecole, une dérive accentuée à l’anglo-saxonne, avec des écoles à plusieurs vitesses.

Le combat pour une école républicaine est plus que jamais d’actualité.
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Président du MRC
Ancien député du Val-de-Marne
Président du MRC



Parlementaires du MRC
Député du Nord
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