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par Pierre ROUSSEAU le Mercredi 16 Octobre 2013 à 08:04


La France a besoin de scientifiques techniciens

 
 
Une tribune parue dans le journal Libération du 14 octobre 2013, co-signée par Jean-Pierre Chevènement, Robert Badinter, Alain Juppé et Michel Rocard.
 
Nous assistons à une évolution inquiétante des relations entre la société française et les sciences et techniques. Des minorités constituées autour d’un rejet de celles-ci tentent d’imposer peu à peu leur loi et d’interdire progressivement tout débat sérieux et toute expression publique des scientifiques qui ne partagent pas leurs opinions. L’impossibilité de tenir un débat public libre sur le site de stockage des déchets de la Cigéo (site souterrain de stockage des déchets hautement radioactifs proposé par l’Andra) est l’exemple le plus récent de cette atmosphère et de ces pratiques d’intimidation, qui spéculent sur la faiblesse des pouvoirs publics et des élus.
De plus en plus de scientifiques sont pris à partie personnellement s’ils osent aborder publiquement et de façon non idéologique, des questions portant sur les OGM, les ondes électromagnétiques, les nanotechnologies, le nucléaire, le gaz de schiste. Il devient difficile de recruter des étudiants dans les disciplines concernées (physique, biologie, chimie, géologie). Les organismes de recherches ont ainsi été conduits à donner une forte priorité aux études portant sur les risques, même ténus, de telle ou telle technique, mettant ainsi à mal leur potentiel de compréhension et d’innovation. Or, c’est bien la science et la technologie qui, à travers la mise au point de nouveaux procédés et dispositifs, sont de nature à améliorer les conditions de vie des hommes et de protéger l’environnement.
La France est dans une situation difficile du fait de sa perte de compétitivité au niveau européen comme mondial. Comment imaginer que nous puissions remonter la pente sans innover ? Comment innover si la liberté de créer est constamment remise en cause et si la méfiance envers les chercheurs et les inventeurs est généralisée, alors que l’on pourrait, au contraire, s’attendre à voir encourager nos champions ? Il ne s’agit pas de donner le pouvoir aux scientifiques mais de donner aux pouvoirs publics et à nos concitoyens les éléments nécessaires à la prise de décision.
Nous appelons donc solennellement les médias et les femmes et hommes politiques à exiger que les débats publics vraiment ouverts et contradictoires puissent avoir lieu sans être entravés par des minorités bruyantes et, parfois provocantes, voire violentes. Il est indispensable que les scientifiques et ingénieurs puissent s’exprimer et être écoutés dans leur rôle d’expertise. L’existence même de la démocratie est menacée si elle n’est plus capable d’entendre des expertises, même contraires à la pensée dominante.
 
Robert Badinter, Ancien garde des Sceaux, ancien président du Conseil constitutionnel.
Jean-Pierre Chevènement, Ancien ministre de la Recherche et de la Technologie, ancien ministre de la Recherche et de l’Industrie, ancien ministre de l’Education nationale.
Alain Juppé, Ancien Premier ministre.
Michel Rocard, Ancien Premier ministre

Actualités

par Pierre ROUSSEAU le Dimanche 6 Octobre 2013 à 22:09


 On peut prédire, sans risque de se tromper, que la commémoration, en 2014, du déclenchement de la Première Guerre mondiale sera instrumentée à des fins politiques. Au nom du «Plus jamais ça!», il s’agira, pour nos classes dirigeantes, de justifier la mise en congé de la démocratie en Europe au prétexte, cent fois ressassé, de sauver celle-ci de ses démons.
Même si comparaison n’est pas raison, il m’a paru éclairant, pour comprendre comment l’Europe a été progressivement sortie de l’Histoire, de rapprocher les deux mondialisations, la première, avant 1914, sous égide britannique, et la seconde sous égide américaine, chacune posant la question de l’hégémonie sans laquelle on ne peut comprendre ni l’éclatement de la Première Guerre mondiale ni l’actuel basculement du monde de l’Amérique vers l’Asie.
La brutale accélération du déclin de l’Europe ne tient pas seulement aux deux conflits mondiaux qu’a précipités un pan- germanisme aveugle aux véritables intérêts de l’Allemagne. Elle résulte surtout de la diabolisation de ses nations nécessaire à des institutions européennes débilitantes qui ont permis leur progressive mise en tutelle par de nouveaux hegemon.
Afin de ne pas être marginalisée dans la nouvelle bipolarité du monde qui s’esquisse entre la Chine et l’Amérique, l’Europe a besoin de retrouver confiance dans ses nations pour renouer avec la démocratie et redevenir ainsi actrice de son destin. Rien n’est plus actuel que le projet gaullien d’une « Europe européenne » au service du dialogue des cultures et de la paix, une Europe compatible avec la République où la France et l’Allemagne pourront de concert penser vraiment l’avenir d’un ensemble allant de la Méditerranée à la Russie. Dans une « réconciliation » enfin purgée de ses ambiguïtés et de ses non-dits : celle de deux grands peuples capables de poursuivre ensemble leur Histoire.
J.-P. C.
 
Plan détaillé
 
INTRODUCTION : D'UN SAUT L'AUTRE OU L'HISTOIRE INSTRUMENTEE
 
1914 : une part d'énigme
 
Une mémoire approximative... et surtout sélective
 Un grand oublié : le front russe
L’ultime face à face
Le rôle des États-Unis dans la fin de la guerre
L’armistice ambigu
Le patriotisme oublié
La découverte du « Mal »
 
Quand le présent instrumente la lecture du passé
 La crise de l’Europe néolibérale
Justifier le passage à une « Europe postdémocratique »
D’un saut l’autre
La question de l’hegemon dans la mondialisation
 
1914 et la genèse de l'actuelle construction européenne
 Le « besoin d’Europe »
Au nom de l’Europe, un nouveau « despotisme éclairé »
Un contresens éclairant : la monnaie unique
L’Europe sortie de l’Histoire avec ses nations
 
Peut-on lire la première guerre mondiale en dehors des histoires nationales  ?
 Pas de téléologie
 
PREMIERE PARTIE: COMMENT L'EUROPE A ETE PRECIPITEE DANS LE NOIR
 
Chapitre premier – Les responsabilités immédiates dans le déclenchement de la première guerre mondiale
 La première mondialisation, facteur de paix ?
Le choix de la guerre
Le « Manuel franco-allemand » ou l’art de l’estompage
 
Chapitre II – L'Allemagne au XIXe siècle  : un pays à la recherche de son identité
 La question du « Sonderweg »
Le tournant de 1891
 
Chapitre III – Le rôle du pangermanisme dans l'acheminement à la guerre et dans la guerre elle-même
 Le projet d’union douanière de l’Europe centrale
L’idéologie du pangermanisme
Le ressentiment contre la modernité, un phénomène européen
Les « buts de guerre » de l’Allemagne en 1914
 
Chapitre IV – Était-il possible d'éviter la première guerre mondiale  ? Ses causes profondes  ?
La question de la responsabilité
Bouleversements dans la hiérarchie des puissances
Un projet de marché commun partagé eût-il permis d’éviter la catastrophe ?
D’une hégémonie l’autre : absence de vision d’une rive à l’autre de l’Atlantique
 
Chapitre V – De l'échec de Versailles à la normalisation occidentale de l'Allemagne
 De l’armistice à la paix
Le réquisitoire de Keynes
Les Alliés auraient-ils pu jouer la carte de la social-démocratie allemande ?
La crise économique et la fin de la République de Weimar
La paix de Versailles un siècle après
Le discrédit de ses nations : un obstacle au redressement de l’Europe
 
 
DEUXIEME PARTIE : D'UNE MONDIALISATION L'AUTRE
 
Chapitre VI – La première mondialisation, laboratoire de la seconde  ?
 Facteurs techniques et volonté politique
La mondialisation est aussi financière
Le phénomène de l’émergence
Mondialisation et propagation des crises
Illusions et inquiétudes
L’explosion de la sphère financière
Incertitudes stratégiques
Le « renversement du monde »
Guerres monétaires
La question de l’énergie
L’art de la guerre : entre puissance et précision
Une nouvelle bipolarité se dessine
Le destin de l’Europe
L’avenir de la démocratie
 
Chapitre VII – La question de l'hegemon au XXIe siècle
 Le PCC, héritier de toute l’histoire de la Chine
L’oeuvre de Deng
La rencontre des États-Unis et de la Chine
La notion d’hégémonie est-elle dépassée ?
Réalité de la compétition économique
L’internationalisation du yuan
L’aspect militaire de la compétition
Le tournant de la politique américaine
Un nouvel « avant-1914 » ?
De l’occidentalisme à l’humanisme
 
 
TROISIEME PARTIE : COMMENT FAIRE REVENIR L'EUROPE DANS L'HISTOIRE?
 
Chapitre VIII – L'Europe piégée
 Une Europe mise en pilotage automatique
Des nations « impuissantées »
Une politique européenne à la Laval
Comment en est-on arrivé là ?
L’embarquement pour Cythère
La revanche des marchés et des banques
Le principe de la responsabilité des États et les limites de l’« intégration solidaire »
Vers l’Europe postdémocratique
Le sentiment commun d’appartenance, mystère de la démocratie
Les responsabilités des classes dirigeantes françaises
Le désarroi français
 
Chapitre IX – L'Allemagne et la tentation du grand large
 Une réunification globalement réussie
Une normalisation occidentale achevée
Au « sommet de l’Europe » ?
Le choix de la compétitivité externe
L’Allemagne a-t-elle encore besoin de l’Europe ?
La proposition de H. W. Sinn
Un tout petit fourgon-pompe
Une Europe allemande ?
Le « coup d’État européen » d’Ulrich Beck est voué à l’échec
Le dilemme d’Angela Merkel
Une Europe disciplinaire
Mme Merkel fera du Merkel
 
Chapitre X – Refonder la relation franco-allemande
 Le second décrochage français
L’intérêt vital de la France
Le cinquantenaire du traité de l’Élysée
Un rapport enfin normal au passé franco-allemand
Asynchronie des histoires nationales et réalité de l’Histoire européenne
Le bilan du traité de l’Élysée
– La défense commune franco-allemande
– L’apprentissage de la langue de l’autre
Deux visionnaires
Cinquante ans après, une relation qui reste ambivalente
Le déséquilibre psychologique
La France vue d’Allemagne : une vieille dame
L’Allemagne vue de France : une grande Suisse
La réconciliation franco-allemande a été acquise il y a cinquante ans
Deux identités qui communiquent
 
Chapitre XI – La monnaie commune pour sortir du piège
 Faire de la Banque centrale européenne une banque centrale comme les autres : un scénario qui risque de demeurer bancal
Un deuxième scénario plus sûr : la transformation de l’euro en monnaie commune
Deux conditions de réussite pour la monnaie commune
– Un plan européen d’investissements
– Le choix d’une parité monétaire ajustée
Des États responsables pour une démocratie retrouvée
Une vision d’homme d’État
La France doit d’abord compter sur elle-même
 
Chapitre XII – Un projet historique retrouvant le cap de l'unité européenne
Un fait massif s’impose, les nations européennes continuent
Des « nations postnationalistes » ?
Quand un problème est insoluble, il faut en changer les données
Un projet historique est nécessaire à l’Europe pour qu’elle puisse trouver sa place au XXIe siècle
Préserver et rénover l’État social
Codéveloppement et compétitivité
Protéger par la monnaie
 
CONCLUSION - GAGNER LA PAIX, ENSEMBLE
 Une ambition de civilisation
L’Europe dans la géopolitique du XXIe siècle
Changer l’échelle de l’Europe
La « géométrie variable »
À la base de tout, l’étroite entente de l’Allemagne et de la France
Atouts de la France
La République tient la France debout 

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par Pierre ROUSSEAU le Mercredi 2 Octobre 2013 à 16:11


Par Jean-Luc Laurent, Président du Mouvement Républicain et Citoyen, vendredi 27 septembre 2013.

 
2014 est l’année des élections européennes et le peuple français est appelé à désigner ses 74 députés au parlement européen. Le Mouvement Républicain et Citoyen est d’ores et déjà sur le pont pour préparer cette échéance qui doit être l'occasion d'un grand débat pour une autre Europe.

Vous trouverez ci-dessous la liste des huit coordinateurs désignés dans chacune des circonscriptions pour préparer les élections et coordonner les réunions pour une autre Europe que nous organisons.
Le texte d'orientations adopté en conseil national, également disponible ci-dessous, est la base programmatique pour le MRC qui sera enrichie par les militants des fédérations et par les remarques de nos concitoyens en réunion publique avant la convention européenne que nous organisons le samedi 30 novembre à Paris.

Nous souhaitons faire vivre un débat riche et intéressé sur la question européenne : le MRC s’engage dans une réorientation de la construction européenne pour stopper l’austérité, le chômage, les délocalisations, les licenciements qui ruinent notre pays et notre souveraineté. Fort de nos analyses depuis 20 ans, nous pensons qu’il est urgent de donner un autre cap à l’Union européenne pour construire une Europe des Nations et non plus des marchés. 

Le scrutin de 2014 doit être l’occasion pour chacun de s’exprimer sur une Europe à la dérive et nous entendons y participer pleinement. 


Coordinateurs par circonscriptions :

Île-de-France : Béatrice Desmartin 
Est : Bastien Faudot
Nord-Ouest : Claude Nicolet
Ouest : Bruno Chevalier
Sud-Ouest : Olivier Amiel
Sud-Est : Martine Souvignet
Massif central-Centre : Jean-Paul Peuch
Outre-mer : Jean-Claude Soupramanien 


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par Pierre ROUSSEAU le Lundi 2 Septembre 2013 à 00:27


Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Parisien dimanche,1er septembre 2013, propos recueillis par Philippe Martinat.
 
Le Parisien: Vous attendiez-vous à une telle escalade de la tension internationale sur la Syrie?
Jean-Pierre Chevènement: J’ai toujours été inquiet au sujet de la Syrie. J’avais d’ailleurs exprimé ma préoccupation à François Hollande et à Laurent Fabius dès le mois de juin 2012 quant à la définition de notre politique. Selon moi, il eût mieux valu privilégier une posture de négociation et faire de la France un intermédiaire entre les camps qui s’opposent dans ce qui est une véritable guerre civile intercommunautaire avec, à l’arrière-plan, une rivalité entre sunnites et chiites. Je ne pense pas que la France ait intérêt à entrer dans une guerre de religion.
 
Vous jugez notre diplomatie imprudente?
 Je m’étais inquiété de la formulation « Bachar doit partir », calquée sur celle employée naguère par Alain Juppé : « Kadhafi doit partir. » Je me suis entretenu à plusieurs reprises avec le président de la République et avec le ministre des Affaires étrangères. Je pense qu’il n’y a pas de solution militaire, il ne peut y avoir qu’une solution politique. Celle-ci doit intervenir avec l’ensemble des parties prenantes du conflit, ce qui suppose le respect de la légalité internationale, car c’est dans le cadre du Conseil de sécurité de l’ONU que ces négociations peuvent être menées. En tout cas, j’ai clairement privilégié cette ligne de la négociation et j’ai beaucoup regretté qu’Alain Juppé ait fermé l’ambassade de France à Damas en mars 2012 : il y a une continuité, si je puis dire…
 
Bachar al-Assad n’a-t-il pas néanmoins franchi la ligne rouge en employant des armes chimiques?
 C’est possible, mais ce n’est pas sûr. Etait-ce vraiment son intérêt? Je pense qu’une erreur a été commise par le président Obama quand il a déclaré, en août 2012, que l’emploi de l’arme chimique serait la ligne rouge conditionnant une intervention occidentale. Il s’est piégé lui-même. Reste maintenant à savoir ce qui s’est passé réellement. On nous parle de preuves, mais je me rappelle de Colin Powell devant le Conseil de sécurité de l’ONU brandissant ses fioles : « We’ve got the evidence! » (NDLR : « Nous avons les preuves ! ») Le secrétaire d’Etat, qui était peut-être de bonne foi, avait été intoxiqué par la CIA. Dans le cas présent, nous n’avons pas de preuves irréfutables.
 
Il y a tout de même environ un millier de morts dans ce massacre…
Au Caire aussi, il y a un millier de personnes qui ont été tuées, certes par balles, mais on n’a guère entendu les professeurs de morale. Autrefois, il y avait le droit. Aujourd’hui, on a remplacé le droit par la morale. Et de la morale on passe à la punition. C’est plus facile, mais c’est très dangereux, car le fameux « droit d’ingérence », c’est toujours le droit du plus fort : on n’a jamais vu les faibles intervenir dans les affaires des forts. Je n’ai pas besoin de vous rappeler tous les exemples de manipulation de l’opinion publique dans l’histoire. Je me méfie donc beaucoup des manipulations de l’opinion publique et de la dictature de l’émotion à partir de laquelle on prend des décisions apparemment dictées par la morale mais qui ont en fait un sens politique. Le droit-de-l’hommisme ignore ou, de manière plus perverse, occulte les choix politiques.
 
La France prend-elle un risque en restant en première ligne à côté des Etats-Unis?
 Je constate que la France sera, si cette frappe intervient, le seul allié européen de M. Obama, d’ailleurs soutenu par l’ancien président Bush. C’est la situation inverse de celle de 2003, où les Etats-Unis et la Grande-Bretagne avaient le concours de l’Italie, de l’Espagne, de la Pologne et d’autres pays européens. Là, nous sommes totalement isolés. J’ajoute que l’opinion publique est divisée. Ce n’est pas servir la défense du pays que d’engager nos forces dans un pareil contexte. Le président Hollande parle à juste titre du maintien de la souveraineté de la France. Mais l’indépendance de la France suppose que nous ne soyons pas ralliés à la ligne « occidentaliste », celle qu’on appelait autrefois néoconservatrice : c’est-à-dire l’Occident contre les autres.
 
Vous êtes donc résolument hostile à des frappes?
 Je n’ai pas un esprit systématique : je m’étais abstenu sur la Libye, j’ai été tout à fait en pointe sur le Mali. Quand on fait le bilan de toutes les ingérences, ce n’est pas très brillant : au Kosovo, nous avons récolté un Etat mafieux ; en Irak, où il n’y a plus d’Etat, il y a eu 1 000 morts en juillet dans des attentats ; en Libye, les milices islamistes sont maîtresses du terrain… Que se passera-t-il demain après Bachar al-Assad? Nous savons très bien qu’il y a des groupes jihadistes importants, armés de l’extérieur. Moi, je serais prudent. Il faut absolument privilégier les voies de la paix. 

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par Pierre ROUSSEAU le Vendredi 30 Août 2013 à 13:25


Le MRC a été reçu ce 26 juillet, au Quai d'Orsay par Monsieur Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et européennes. Le ministre rencontre durant ce mois d'été l'ensemble des partis politiques représentés à l'Assemblée nationale afin de partager les analyses sur la situation internationale et la politique étrangère de la France. Le MRC était représenté par Jean-Luc Laurent, député du Val de Marne et président du MRC, Marie-Françoise Bechtel, députée de l'Aisne et vice-présidente du MRC, Catherine Coutard, vice-présidente du MRC, et Claude Nicolet, conseiller régional Nord Pas de Calais et secrétaire national du MRC. 

Durant l'entretien d'une heure quinze, et après un vaste tour d'horizon, de très nombreux sujets ont été abordés. Le ministre a fait part de son analyse sur l'état général du monde et de sa grande complexité sans qu'aucun leadership ne semble en mesure de s'imposer. "Le monde multi-polaire n'est pas encore advenu." 

Le MRC a tenu à faire part de sa satisfaction sur plusieurs points : notre retrait d'Afghanistan ainsi que l'action qui a été faite au Mali. Nous suivons de près le processus électoral en cours et nous savons que ce processus sera long. Il faut dans ce domaine savoir penser pour le long terme... Nous avons également apprécié l'affirmation (notamment en Tunisie) du principe de non-ingérence et de respect des souverainetés nationales, qui rompt avec le discours dominant de ces dix dernières années. Nous avons pris note de la recherche d’une nouvelle approche vis-à-vis de l'Asie et des pays émergents. 
 
 

Nous avons eu un long échange sur la situation au Proche et au Moyen-Orient. Le ministre ne nous a pas caché son inquiétude concernant l'Iran. Il ne saurait être question pour lui d'accepter un Iran possédant l'arme nucléaire, même si la priorité reste à la négociation. Nous avons insisté sur la nécessité de regarder la situation dans toute sa complexité. Les choses bougent en Iran, la société civile y est vivante, les dernières élections présidentielles laissent entrevoir de nouvelles perspectives qu'il faut travailler. 

Nous sommes également longuement intervenus sur le conflit israélo-palestinien dont l'écho dans la région reste considérable. Nous pensons que la France gagnerait à être plus entreprenante, plus lisible et plus claire sur ce sujet. Le ministre a indiqué que la position de la France est d’ « accompagner » le processus de négociation entamé par John Kerry, quitte à mettre en avant un certain nombre d’actions ciblées si ce processus qui prévoit notamment le retour aux frontières de 1967 et la libération de prisonniers palestiniens venait à échouer. Nous avons fortement insisté sur la nécessité d'accroître les pressions sur Israël. Nous nous sommes par ailleurs félicités de la dernière décision de l'Union européenne, d'exclure de toutes négociations les colonies dans les territoires occupés. 

Sur l'Egypte, l'enjeu consistera à vérifier si les Frères musulmans acceptent d'intégrer le jeu politique national, car incontestablement le président Morsi a échoué. Concernant la Syrie, nous sommes face à un drame humanitaire épouvantable mais où il est maintenant "très difficile" de trouver une solution politique. Car plus que la Russie, c'est surtout l'Iran qui est à la manœuvre. La levée de l'embargo européen sur les armes ne réglera rien. Nous avons fait part de nos réserves dans ce domaine. 

Nous avons bien évidemment abordé longuement les questions européennes. Les analyses du MRC sont connues, y compris celles sur le passage de la monnaie unique à la monnaie commune que Laurent Fabius ne partage pas. Nous avons néanmoins insisté sur la pertinence d’un plan B, dans la mesure où nous pensons que la crise de l'euro n'est pas terminée. Perspective que le ministre a parfaitement comprise. Il est donc indispensable de réorienter la construction européenne. Il nous a fait part de sa proximité sur notre analyse d'un euro trop cher qui nous pénalise et nous a dit réfléchir à l'organisation d'une "Europe différenciée ce qui nécessitera d'avoir une discussion franche avec l'Allemagne", laquelle n’a de chances d’aboutir qu’après les élections dans ce pays. Laurent Fabius a insisté sur la détermination du Président de la République à engager un nouveau dialogue, plus ferme, avec l’Allemagne ce que nous ne pouvons en soi qu’approuver. 

Nous avons toutefois fait part de notre inquiétude vis-à-vis de la position de la France, en recul par rapport à celle de la position européenne quant à la taxe sur les transactions financières. Le ministre nous en a donné acte et indiqué qu'il convenait d’enrayer ce phénomène. De la même manière nous l'avons interrogé sur l'état actuel des négociations de l'accord transatlantique de libre-échange. "A priori je ne suis pas contre, mais a priori je ne suis pas pour". Là aussi, nous lui avons fait part de notre méfiance : "il faut rester vigilant y compris sur l'exception culturelle", et de nous informer que le commissaire européen devra rendre des comptes, que les négociations dureront quatre ans et que rien ne dit qu'elles vont aboutir. 

Nous avons terminé sur la Russie. Les relations franco-russes sont bonnes et elles sont nécessaires. Elles sont aussi l'illustration du concept de "diplomatie économique" que le Quai d'Orsay veut promouvoir. Un déplacement sur ces questions se fera en septembre en Russie où seront abordés de très gros dossiers en particulier dans le domaine énergétique. Nous avons abordé cette question sous l'angle du soutien aux entreprises françaises aux appels d'offres russes. Un obstacle cependant : si les relations entre la France et la Russie sont bonnes, elles ne le sont pas avec l'Europe "qui reste imprégnée de méfiance anti-soviétique." 

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