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Publié le Jeudi 12 Mai 2011 par

Un pacte faustien pour l'économie européenne ?



Tribune de Julien Landfried, secrétaire national du Mouvement Républicain et Citoyen, parue sur le site internet du Nouvel Observateur, jeudi 12 mai 2011.


Un pacte faustien pour l'économie européenne ?
Récession économique et casse sociale : voilà à quoi se résumera, s’il est appliqué, le Pacte de compétitivité promu depuis le mois de mars par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Et la compétitivité des entreprises européennes ? Même si elle était améliorée, celles-ci seraient asphyxiées par la baisse de la demande européenne. Ces résultats sont tout à fait prévisibles, mais le gouvernement français semble tellement obsédé par l’apparente réussite économique de l’Allemagne qu’il s’obstine à appliquer à la France et aux autres Etats européens une cure de rigueur qui achèvera de détruire les économies nationales.

Après le trop fameux consensus de Washington qui avait conduit à la dérégulation à marche forcée des économies en développement, un consensus de Berlin, Bruxelles et Paris s’est dessiné ces derniers mois autour de deux projets : le "Paquet gouvernance" en cours d’examen devant les instances européennes, et le "Pacte de compétivité" porté par la France et l’Allemagne.

Berlin, Bruxelles et Paris : dans l’élaboration de ce "consensus", chacun joue un rôle attendu et bien défini. Berlin met en avant ses succès à l’exportation et sa gestion vertueuse des finances publiques. Bruxelles, par l’entremise de la Commission, est le zélé promoteur de mesures ultralibérales qui ont déjà prouvé leur inefficacité par le passé. Paris essaie de faire figure de bon élève et d’entraîner les autres États membres, au risque d’être la dupe des deux premiers acteurs.

Puisant aux mêmes racines idéologiques et usant des mêmes ressorts, il fait peu de doute que ce "consensus" aura des résultats tout aussi désastreux que le précédent. En effet, le "plan d’ajustement structurel continental" voulu par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, loin d’augmenter la compétitivité des entreprises, risque de se traduire par une baisse générale du niveau de vie dans l’ensemble de la zone.

L’objectif annoncé aurait pu être louable : tirer les conclusions pour la zone euro de la gestion de la crise financière et des crises de la dette souveraine qui en ont découlé, et restaurer les conditions de la croissance. Mais il est très peu question de croissance dans ces deux projets – outre peut-être la croissance allemande. En revanche, il est question de régulation. Pas des banques et de leurs pratiques ; mais de la politique budgétaire des États.

Ainsi, la coordination des politiques économiques au sein de la zone euro, qui avait tant fait défaut pendant la crise financière, trouve une mise en œuvre inattendue. Les États souffraient de ne plus disposer de marges de manœuvre monétaires ? Il suffit de les priver de l’arme budgétaire !

La limitation des politiques budgétaires discrétionnaires est une vielle revendication des héritiers de Milton Friedman ou de Robert Barro, le théoricien de l’équivalence ricardienne. Elle trouve donc à se concrétiser au moment même où l’arme budgétaire a prouvé son efficacité pour le sauvetage du système financier et pourrait être nécessaire dans le futur pour mener des politiques de relance.

"La maîtrise de notre endettement et le retour à l’équilibre de nos finances publiques ne représentent pas seulement une nécessité économique. Ils constituent un impératif moral." L’exposé des motifs de la prochaine réforme constitutionnelle, visant à inscrire dans notre texte fondamental des normes de gestion des déficits, se place d’emblée sur un terrain moral et ne fait pas mystère des convictions de ses rédacteurs : la politique budgétaire est une chose bien trop sérieuse pour être laissée aux détenteurs de la souveraineté populaire.

La "règle d’or budgétaire" tant vantée par François Baroin, et inscrite dans la Loi fondamentale allemande depuis 2009, se traduira donc par une nouvelle dépossession du politique. Avec les lois-cadres de programmation des finances publiques ou les nouvelles règles applicables à la fiscalité, les parlementaires perdront leurs dernières prérogatives. Surtout, le calendrier électoral, obsession des libéraux de l’école du public choice, n’aura plus d’impact sur la politique économique.

L’alternance politique perdra tout son sens lorsque les orientations économiques seront gravées pour cinq ans dans le marbre constitutionnel. Face à ce déni de démocratie, il se trouve certains, à "gauche", pour estimer que cette réforme reste insuffisante et que la "gouvernance par les procédures" doit être encore accentuée (Note de la Fondation Terra Nova du 18 mars 2011).

Cette évolution n’est sans doute qu’une étape vers une autre revendication du gouvernement allemand et de la Commission européenne : le contrôle a priori des budgets nationaux. Certains parlementaires, souhaitant certainement faire preuve de vertu économique, se présentent comme de simples gestionnaires, des membres du Conseil d’administration de l’entreprise France. En vérité, ils seront à peine des membres de comité d’entreprise, tout juste consultés avant un plan social.

La rigueur imposée aux élus servira d’abord à endiguer leurs velléités de s’opposer à la modération salariale organisée par ce Pacte de compétitivité. Il est par exemple proposé de mettre fin à l’indexation des salaires sur les prix, qui s’était révélée l’un des amortisseurs sociaux les plus efficaces en cas de crise ou de tensions inflationnistes. De même, l’âge légal de la retraite devra être porté jusqu’à 67 ans en fonction du vieillissement de la population. Encore une fois, il s’agit donc de faire un simple copier-coller des politiques de déflation compétitive menées depuis dix ans en Allemagne.

Ce Pacte a été présenté par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel comme la seule politique permettant à la France, l’Espagne ou l’Italie de rattraper l’Allemagne. C’est en fait entrer dans un engrenage de déflation salariale et de casse sociale jusqu’à présent inconnu. C’est aussi entériner une vision du projet européen qui a conduit à faire de l’Union un accélérateur de divergences plutôt qu’une espace de coopération.

Enfin, l’acceptation de ce Pacte faustien par les autres États européens repose sur une dangereuse illusion : la bonne santé de l’économie allemande reposerait d’abord sur une gestion vertueuse et rigoureuse. Au contraire, l’Allemagne doit son apparent succès à une politique non-coopérative. Son principal avantage comparatif actuel résulte d’une politique de baisse des salaires, de précarisation des salariés du secteur des services et d’une réforme drastique du service public de l’emploi.

Appliquée à l’ensemble de la zone euro, cette "recette" reviendrait à calquer notre stratégie économique sur le modèle chinois de dumping social systématique. L’Allemagne a jusqu’ici écoulé ses produits sur le marché européen, justement parce que le pouvoir d’achat y demeurait assez élevé. Qu’en sera-t-il demain quand le marché intérieur européen se sera effondré sous l’impact de "l’ajustement structurel" en préparation ?

Suicidaire pour l’Europe et la France, cette stratégie de rigueur à outrance l’est également pour l’Allemagne. Il est encore temps de renoncer à cette institutionnalisation de la guerre économique, pour mettre en place une réelle initiative européenne de croissance, basée sur la relance de la demande intérieure par la relance des salaires, sur un projet industriel cohérent et des projet d’intérêt européen, et sur une politique budgétaire audacieuse favorisant l’investissement productif.

Ces politiques, pour être menées, auront besoin d’un taux de change de l’euro plus adapté face au dollar et au yuan. Bref, d’en finir avec l’euro fort, qui est à la fois le noyau de notre problème de compétivité et le symbole d’une politique priviliégiant la rente sur le travail et l’investissement.


Source : NouvelObs.com

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Julien Landfried
Secrétaire National à la communication et aux universités d'été. En savoir plus sur cet auteur

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