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Publié le Vendredi 8 Juillet 2011 par

Le paradoxe mortifère de l'euro


Mots-clés : dollar, euro

Tribune de Bruno Moschetto, délégué national du Mouvement Républicain et Citoyen aux questions économiques internationales, parue dans La Tribune du 7 juillet 2011.


Le paradoxe mortifère de l'euro
Lorsque le dollar était au centre du système monétaire international issu des Accords de Bretton Woods, un véritable paradoxe avait vu le jour. La banque centrale américaine se portait automatiquement acquéreuse ou vendeuse d’or contre dollar à un cours fixe de 35 dollars l’once - ce qui signifiait que « dollar was as good as gold ». Se greffait alors ce que l’on a appelé le paradoxe de l’économiste Robert Triffin : afin que le développement des échanges internationaux dispose de suffisamment de liquidités, à savoir de dollars, il fallait donc une croissance parallèle des balances dollars détenues par les non- résidents alimentée par le déficit de la balance américaine des paiements (premier élément du paradoxe). Mais cette création de dollars détériorait d’autant le ratio des encaisses- or par rapport à la masse monétaire américaine et, par là contribuait à la dépréciation de la parité du dollar, étalon monétaire international (deuxième élément du paradoxe).

A l’instar du dollar, on peut constater que l’euro – monnaie de la zone du même nom - est aussi porteur d’un paradoxe mortifère. En effet, si la zone euro est une zone monétaire parfaite et ce, au plan interne et au plan externe et si l’euro est une réussite technique exceptionnelle au plan de cette unité monétaire adoptée par l’ensemble des agents économiques de la zone et géré avec maitrise par un système bancaire fédéral, il n’empêche que l’euro est en crise et le scandale semble être arrivé par la Grèce. Et ce pourquoi ?

Parce que si la zone euro est une zone monétaire parfaite, elle n’est en rien une zone monétaire optimale. Non seulement les infrastructures sociales (santé- retraites) culturelles (droit- langue) n’ont pas été uniformisées, mais aussi et surtout parce que les superstructures politiques et économiques, naturellement fédérales, ne sont pas au rendez-vous. A une monnaie il faut un Etat, à un Etat, il faut un budget. L’un et l’autre, appelés de leurs vœux par les « inspirateurs » de l’Europe sont terriblement absents. D’où l’impasse actuelle .

Et c’est ici qu’apparaît le paradoxe. Du fait de la fusion de la drachme et du mark – entre autres - dans l’euro ces deux monnaies ne font plus qu’une. Par là, les déficits des finances publiques internes et externes de l’Etat grec doivent être assumés par l’ensemble des Etats dont l’Allemagne. Cela signifie que la Grèce doit bénéficier de plans de soutien financiers , auxquels participent l’Union européenne (UE), la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI). Nul doute que la mobilisation des ressources nécessaires pour ces plans pèse sur la parité de l’euro vis-à-vis de l’ensemble des autres monnaies, dont le dollar. Sans compter que la contrepartie de cette aide à la Grèce doit se faire par l’adoption de plans d’austérité dans toute la zone, eux-mêmes - par leur cohorte de sacrifices – porteurs de ralentissement de l’activité économique et par là mortifères pour l’euro ( premier élément du paradoxe).

Mais l’Etat grec ne serait-il pas soutenu par ses pareils, cela signifierait une hausse a priori prohibitive des taux d’intérêt que la Grèce devrait offrir à ses créanciers internes ou externes pour équilibrer ses comptes. Faute d’un tel effort, le salut serait pour elle une fuite hors de la zone euro où elle irait rejoindre le modèle turc, dont la croissance fait frémir d’envie tous les « indignés » victimes des plans d’austérité. Cette sortie de la zone euro porterait immédiatement atteinte à la valeur de l’euro, dont la dépréciation pourrait être accentuée par le risque à terme de l’effet domino étendu au moins à l’Irlande déjà bénéficiaire d’un plan de soutien et au Portugal appelé à se résoudre à en adopter un (deuxième élément du paradoxe).

Aussi, en toute hypothèse, soutenir un pays membre de la zone euro en déséquilibre financier, c’est mettre l’euro en difficulté . Ne pas le soutenir c’est également le mettre en difficulté. Aussi, face à ce paradoxe, que faire ? Changer les règles du jeu qui ont conduit à l’intégration des monnaies nationales dans la monnaie unique. Et demander à notre co partenaire central de ne pas sanctifier la monnaie au détriment de l’économie et, par là l’inviter à sortir - lui aussi - de la zone mark de fait, où « euro must be as good as mark ». Vaste programme !

A défaut, le système monétaire issu de Maastricht suivrait le même sort que celui issu de Bretton Woods.
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Bruno Moschetto
Secrétaire National aux questions économiques. En savoir plus sur cet auteur

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