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Publié le Lundi 17 Décembre 2012 par

"La gauche au pouvoir n'a pas le droit d'échouer"



Discours de clôture du Congrès de Paris par Jean-Luc Laurent, Président du Mouvement Républicain et Citoyen, dimanche 16 décembre 2012


"La gauche au pouvoir n'a pas le droit d'échouer"
Mes chers camarades,


Jean-Pierre vient de nous donner la rude tâche d'assurer la continuité de l'exigence républicaine. Je sais que Jean-Pierre nous aidera à garder le cap et je connais votre détermination à poursuivre le chemin vers la refondation républicaine de la France. Ce sera la tâche de la nouvelle direction que vous venez d'élire et que j'animerai avec détermination, fort de votre confiance qui m'honore et m'oblige. Ce sera aussi votre tâche à vous, délégués à ce congrès, comme à l'ensemble des adhérents, aux jeunes militants que j'ai plaisir à voir nombreux ce qui permet d'envisager l'avenir de nos idées avec sérénité. Et je vous engage moi aussi à garder les yeux ouverts.

Je tiens à remercier les partis politiques de gauche, PS, PRG, EELV et PCF, qui ont répondu à notre invitation à ce 6ème congrès. Je tiens à remercier Harlem Désir pour son message qui témoigne de rapports d'égaux qu'il m'a dit vouloir établir avec le MRC et je me félicite que nous convergions sur un point : la création dès janvier d'un comité de liaison et de coordination des partis de la majorité.

Enfin merci évidemment à tous ceux qui ont permis l'organisation de ce congrès et en tout premier lieu à Béatrice Desmartin.

Notre parti a vingt ans, vingt ans de combats difficiles, d'espoirs, de grands espoirs et aussi de déceptions, de défaites mais aussi de victoires.

Nous restons tous très fiers de la campagne de 2002. Nous sommes tous très fiers du résultat du référendum de 2005, sursaut victorieux du peuple français auquel nous avons pris part. Comme tous les Français, comme tous les militants de gauche, nous avons souffert des années Sarkozy, des dix années Sarkozy. Nous sommes tous très fiers de la victoire de François Hollande qui permet à la France de tourner la page, en mauvais état, abîmée, désorientée et même déclassée (et je ne parle pas ici du classement des agences de notation).

Durant ces 20 années, le MRC est resté lui-même, fidèle à ce qui a justifié sa création par Jean-Pierre Chevènement, fidélité facilitée par le constat que sur beaucoup de sujets nous avons eu raison trop tôt.

Nous avons gagné de nombreuses batailles politiques. La victoire n'est pas systématiquement attribuée à l'organisation politique que nous sommes mais notre sensibilité républicaine, nos convictions ont gagné du terrain.

Il y a vingt ans la gauche était particulièrement désorientée, au bord- souvenez-vous- d'un big bang annoncé qui n'a jamais eu lieu. La gauche s'est reconstruite avec l'expérience majoritaire de la gauche plurielle, puis la candidature de Ségolène Royal que nous avions soutenue et enfin avec la candidature victorieuse de François Hollande en 2012.

L'épisode majoritaire que nous vivons doit être replacé dans cette séquence pour bien le comprendre et bien en comprendre les enjeux.

Dans l'opposition pendant dix ans, sans leader, la gauche a évité tous les sujets difficiles. Se repliant sur les collectivités locales, soignant sa sociologie mais délaissant souvent les questions politiques. François Hollande a eu l'habileté de donner une assise majoritaire à la gauche. Et ce fut un réel tour de force, le résultat final de l'élection du 6 mai a montré qu'elle n'était absolument pas gagnée d'avance.

Ce tour de force nous l'avons réussi. Jean-Pierre Chevènement en avançant sa candidature pédagogique et en menant une campagne de six mois pour faire bouger les lignes. Puis en apportant son soutien, les yeux ouverts, à François Hollande.

Composante républicaine de la majorité, le MRC est allié par l'accord politique que nous avons conclu le 9 mars 2012 avec le Parti Socialiste. Le MRC n'est pas un rallié. Il reste lui-même et il garde les yeux ouverts.

Nous nous retrouvons au cœur de la majorité sans être au gouvernement. Il nous faut maintenant réussir, faire réussir la gauche pour redresser la France. La réussite de la majorité sera celle de la France.

Il fallait être central pour gagner l'élection présidentielle mais le redressement de la France ne peut pas être centriste, le redressement de la France ne se fera pas au centre. Le redressement de la France passe par la reconquête industrielle et la compétitivité de nos entreprises. Il passe aussi par la réorientation de la construction européenne.

Les dernières semaines ont été marquées par l'affaire de Florange et d'Arcelor-Mittal. De nombreux délégués en ont parlé hier. Certains ont voulu y voir la preuve d'un tournant social-libéral, d'une trahison. Certains n'ont pas de mots assez forts pour invectiver le gouvernement et le président de la République. Ceux-là traduisent sans doute leur envie de retourner sur l'Aventin et pense qu'au fond le meilleur substitut à l'anti-sarkozysme serait l'anti-hollandisme.

Nous avons soutenu l'option de la nationalisation qui aurait marqué une rupture profonde, difficile mais conforme à l'intérêt national car la France besoin de la sidérurgie qui n'est pas une industrie du passé mais un secteur de haute-technologie.

Le gouvernement a fait un choix différent de négociation, en intégrant le fait que Mittal c'était un peu plus que deux hauts-fourneaux et qu'il fallait trouver un accord préservant l'emploi et permettant d'investir sur le site en préparant l'avenir. Les batailles symboliques sont importantes mais le gouvernement se doit de tenir les deux bouts de la chaîne. Le rapport de force politique a bougé et c'est une bonne nouvelle. L'interventionnisme public fait son chemin et il faut bien mesurer qu'Arnaud Montebourg n'est sorti ni vaincu ni humilié si l'on veut faire l'effort de regarder le tableau dans son ensemble. Il faut à présent veiller au respect de l'accord. C'est la tâche des représentants des salariés mais aussi de l'Etat.

La gauche républicaine c'est l'exigeance et d'abord l'exigence avec nous même de ne pas céder à la première péripétie en fuyant les responsabilités. La situation est grave, nous retrouvons un pays en triste état que cinq ans d'immobilisme chiraquien et cinq ans d'agitation sarkozyste ont enfoncé dans une crise grave dont témoigne le chômage de masse, la perte de compétitivité de nos entreprises et la désindustrialisation avec la perte de 750 000 emplois en dix ans.

Situation d'autant plus grave que l'Union Européenne est verrouillée en mode austérité et qu'il faudra beaucoup d'efforts au président de la République pour changer le rapport de force en Europe. L'année 2013 sera une année particulièrement difficile et paradoxalement il faut faire en sorte que les difficultés opèrent comme un crash test pour les politiques d'austérité. Il est vital que l'objectif de 3% de déficit en 2012 soit apprécié non avec souplesse mais avec réalisme, en tenant de la situation sociale de la France et des effets récessifs de l'acharnement. La France ne doit pas mourir guérie.

Nous avons la volonté que la majorité s'occupe de l'essentiel : l'emploi, le redressement de la France qui appelle des réformes sociales et fiscales plutôt que des réformes sociétales qui renforcent le trouble et l'inquiétude des citoyens.

Etre partie prenante de la majorité, c'est rester libre dans notre expression pour soutenir, alerter, conseiller mais aussi...critiquer. C'est ainsi que nous soutenons le Pacte de Compétitivité et que nous souhaitons que le seuil d'accès dans les conseils d'administration des représentants de salariés soit abaissé pour mettre en place un véritable dialogue social et une alliance des productifs.

Nous nous reconnaissons dans le Pacte de Compétitivité qui va prendre forme dans les prochaines semaines et qui ne s'arrêtent pas au crédit d'impôt. La gauche a fait le choix de la production et c'est aussi une victoire pour nos idées. Souvenez-vous en 2010, l'avenir de la gauche et du pays semblait non dans une transition mais dans une Conversion écologique. Quel changement !

Croissance, investissement, production, industrie ne sont plus des mots tabous ou pire encore des mots du passé, des concepts ringards. C'est le cap que nous montrons depuis des années. Même en matière de politique commerciale, les temps changent. Les Français ne doivent plus aller à Bruxelles pour recevoir des diplômes de libéralisme et d'ouverture mais ils doivent y aller pour plaider la cause de l'industrie européenne, de la base productive européenne et la fin de la naïveté. Le protectionnisme européen, le protectionnisme intelligent, celui du mieux disant, celui de l'accès qualifié au marché est à construire.

Sur chacun de ces sujets règne une part de confusion à gauche, parce qu'aucune clarification n'a été faite pendant les années d'opposition. Ni organisationnelle ni programmatique. C'est regrettable car cela permettrait un exercice du pouvoir plus lisible, plus compréhensible pour les citoyens. C'est au contraire le rapport de force et l'intimidation qui rythme des débats dans lesquels nous devons faire valoir la force de nos idées et notre constance.

Notre constance c'est la République  et nous devons être la boussole républicaine de la gauche. Certains pensent parfois que la République est une évidence, l'air que nous respirons tous. Mais pas du tout. La République n'est pas du tout une évidence, elle est une exigence.

Et d'abord de prendre au sérieux ses principes et les traduire en actes. Ni l'ensemble du monde politique, ni l'ensemble de la gauche ne sont uniformément républicains. La souveraineté populaire n'est pas une évidence.

Les tentations sont nombreuses pour la gauche : tentation diversitaire plutôt que l'universalisme, la tentation oligarchique plutôt que la souveraineté, la fuite en avant fédérale à l'extérieur, la décentralisation irraisonnée à l'intérieur plutôt que l'unité et la solidarité nationale, les arrangements contre l'exigence, les accommodements contre la laïcité.

Notre singularité, notre raison d'être c'est de faire vivre la flamme de la République dans une époque qui semble souvent en refuser la discipline et l'exigence.

Oui, nous sommes les héritiers des jacobins. Nous croyons à la volonté générale et au volontarisme public. Oui, nous sommes les jacobins qui croyons en l'universalité du genre humain et qui voyons le citoyen là où d'autres voient une couleur de peau, une religion, une orientation sexuelle. Oui, nous sommes les jacobins rétifs à l'Empire européen et à l'évaporation démocratique. Oui, nous sommes les jacobins qui ne voyons pas la France comme un empilement de fiefs et de territoires mais comme une collectivité unique en marche qui n'a pas besoin d'être uniforme mais qui refuse les séparatismes.

Voilà nos idées et nos convictions. Voilà notre constance. Et dans le champ de bataille qu'est la gauche au pouvoir nous ne pouvons pas nous contenter de subir un rapport de force qui en apparence ne nous est pas favorable.

Il nous faut nous renforcer et préparer les prochaines échéances. C'est notre tâche de 2013. Faire l'impasse comme nous l'avons fait en 2004 puis en 2009 nous est interdit. Il nous faut nous asseoir sur le grand mépris que nous inspire le Parlement Européen et entrer dans la bataille.

L'Union européenne est à la croisée des chemins, le saut en avant fédéral a été repoussé lors du Conseil Européen de Bruxelles mais le débat reviendra.

Les citoyens savent ce que nous ne voulons pas, ils ne savent pas toujours ce que nous voulons. Le savons nous-même ? N'avons-nous pas besoin d'y travailler encore, de préciser nos orientations et nos propositions au regarde de la crise qui perdure et dont il faudra bien sortir autrement que par la fuite en avant dans le fédéralisme, c'est à dire la perte de toute souveraineté, que propose les européistes. Invitons nos concitoyens à voir la réalité en face : avec l'austérité et les plans imposés, ce sont les nations et les peuples qui sont mis en tensions. Les apprentis-sorciers ne sont pas les souverainistes mais bien les bruxellois.

C'est pourquoi je propose de tenir une convention sur la question européenne, un exercice avec lequel il nous faut renouer. Cette convention devra être précédée de conventions locales ouvertes. Ouvertes aux autres partis de gauche, aux associations, au monde du travail, aux entrepreneurs, à ceux qui réfléchissent à l'avenir de l'Europe, tous ceux qui se sont passionnés pour le débat de 2005, à tous ceux qui veulent sortitr la France de l'ornière et de l'Europe du déclin. Nous pratiquerons l'introspection en public car il nous faut construire les bases d'une liste aux prochaines élections européennes.

Vous le savez en 2014 auront lieux des élections municipales qui restent le scrutin le plus populaire après la présidentielle, le plus vivant. Localement aussi 2014 se prépare maintenant.

Le parti et la fédération des élus devront être attentifs au texte sur la décentralisation qui viendra au Parlement en début d'année et qui sera lui aussi un champs de discussion, voire de bataille, entre les gauches, à un moment où la majorité bénéficie collectivement d'une forme d'hégémonie locale qui exacerbe les conflits de pouvoir. Plusieurs séminaires de préparation des élections municipales seront organisés au cours de l'année 2013 pour permettre de former nos militants, partager les expériences, réfléchir à des propositions qui fasse vivre la République partout et d'abord au coin de la rue.


Mes chers camarades, la gauche au pouvoir n'a pas le droit d'échouer. Le spectacle de la droite ne doit pas nous réjouir ni nous faire rire. Car au-delà de la querelle des roitelets, la recomposition de la droite est par bien des aspects inquiétantes. On aurait pu espérer que la campagne de Nicolas Sarkozy renvoie Patrick Buisson à ses mauvais livres d'histoires, son histoire libidineuse de la Seconde Guerre mondiale. Il n'en est rien. La droite est idéologiquement en triste état : incapable de penser le monde tel qu'il fonctionne et tel qui maltraite les classes populaires.

La droite m'inquiète et le Front National, cent fois annoncé mort au cours des trente ans dernières années est déterminé. Plus déterminé avec Mme Le Pen qu'avec son père. En musclant son discours économique et social, elle réussit un tour de passe-passe qui ne doit tromper personne. Le Front National, ça n'est pas la République, c'est l'anti-République. Quand la politique semble devenir un spectacle, une émission de téléréalité dont les responsables seraient les personnages, ne perdons pas le sens des responsabilités et le sens du tragique en histoire. Sortir la France de l'impasse, c'est aussi lui éviter le trou et les dérives !

C'est notre responsabilité. La gauche doit regarder loin devant et ne pas avoir le nez dans le guidon. L'horizon ce doit être la République, la République partout, à l'Ecole, au boulot, dans la rue. C'est notre devoir de faire vivre l'exigence républicaine.

Nous le devons à Jean-Pierre Chevènement qui nous a montré le chemin et donné un logiciel de qualité au MRC. Nous sommes plus qu'un parti politique comme vient de nous le dire Jean-Pierre ? Le MRC, c'est une boussole républicaine pour la gauche et pour la France. Nous savons le cap à tenir et nous connaissons le port, pour que vivent la République et la France.

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Jean-Luc Laurent
Président du Mouvement Républicain et Citoyen, député du Val-de-Marne. En savoir plus sur cet auteur

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