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Publié le Vendredi 24 Mai 2013

Une Université redressée?



Marie-Françoise Bechtel, Députée de l'Aisne, s'exprimait à la tribune de l'Assemblée nationale dans le cadre de la discussion générale du projet de loi "Enseignement supérieur et recherche", mercredi 22 mai 2013. Voici la vidéo ainsi que le texte de son intervention.


Monsieur le président,
Madame la ministre,
Monsieur le président de la commission,
Monsieur le rapporteur,

l’Université française souffre d’un paradoxe historique : héritière d’une tradition ancienne et brillante, celle dont la Sorbonne porte encore haut et fort dans le monde entier la renommée, elle peut avoir, depuis quelques décennies au moins, le sentiment d’être en déclin. Six ans après la loi LRU, le malaise persiste.

L’Université garde le sentiment d’être la mal aimée d’un système d’enseignement supérieur qui l’oblige à accueillir massivement là où les grandes écoles, renforcées par la montée de la professionnalisation et le besoin de sécurité des débouchés, filtrent et sélectionnent leurs étudiants.

Que faire pour que ce paradoxe cesse d’être une maladie chronique ? Faut-il en croire les regards portés sur notre université tels celui de l’OCDE – mais on peut aussi penser au désormais fameux, quoique boiteux, « classement de Shanghai » ? Ils ont contribué à acclimater un diagnostic ambigu : c’est l’idée que les États doivent viser une qualité de niveau international pour leurs systèmes éducatifs afin d’assurer une croissance économique à long terme. Cette idée, juste en elle-même, s’est dévoyée dans un effet de mode qui décrète un peu rapidement que la formation pour la formation serait le gage, le nec plus ultra du retour à la prospérité. Nous devrions pourtant savoir aujourd’hui que cette idée néolibérale fait bon marché d’une contrainte essentielle, celle de la tension sur le marché de l’emploi : pas de formation utile sans débouchés et pas de débouchés sans la condition nécessaire d’une formation adaptée.

C’est dans cette perspective correctrice, celle du redressement productif nécessaire à notre pays, que vous avez situé, madame la ministre, le projet de loi dont nous allons débattre. Il est en cohérence avec le pacte voulu par le Gouvernement qui peut aider notre pays à se relever. C’est là son grand mérite, même si le mouvement dont je suis l’élue, le mouvement républicain et citoyen, pense qu’il faudrait aller plus loin sur certains points importants.

Je me bornerai, dans le temps qui m’est imparti, à pointer les deux objectifs majeurs qui recueillent notre adhésion.

Tout d’abord, la nécessité reconnue d’un effort particulier en faveur des jeunes, qui sortent trop nombreux de leurs études universitaires sans qualification suffisante. Les modalités pour y remédier peuvent faire débat : je pense aux quotas à l’entrée dans les IUT. Mais cet objectif doit en tout cas prendre toute sa place dans la « stratégie nationale de l’enseignement supérieur » – concept heureux. Nous pensons que cette stratégie devrait intégrer le renforcement des filières professionnelles courtes au niveau de la licence. Ces filières sont aujourd’hui un élément fort ; elles demandent à être développées.

Mais il faut tenir les deux bouts de la chaîne et favoriser aussi les formations longues. Former des chercheurs de haut niveau dans des filières d’avenir en n’oubliant pas que, comme enseignants-chercheurs, ils doivent aussi transmettre un savoir sans cesse enrichi. Le projet de loi apporte une innovation très utile, qui constitue même un tournant : la valorisation de la recherche par le transfert des résultats vers les secteurs socio-économiques, transfert sur lequel l’université doit garder la maîtrise grâce au mandataire unique que vous avez évoqué, madame la ministre.

Quant à la stratégie nationale de la recherche, autre innovation importante, elle ne pourra ignorer la nécessité d’une solution mettant progressivement fin à la précarisation du statut des chercheurs qui atteint aujourd’hui, vous l’avez également souligné, une proportion préoccupante.

Je voudrais souligner un point particulier qui me semble d’importance. Cette stratégie doit s’attacher à garantir un équilibre entre l’ensemble des disciplines en ce qui concerne les moyens de la recherche et leur valorisation, sans oublier la place utile qu’y tiennent la philosophie, les lettres, et l’ensemble des sciences humaines. Il en va de la respiration de la société tout entière. C’est aussi affaire du rayonnement de notre pays à l’étranger.

Enfin, il convient de saluer la ferme affirmation du rôle de l’État sans lequel tous ces équilibres ne pourraient être garantis sur l’ensemble du territoire. Utile et même nécessaire dans la stratégie nationale de l’enseignement supérieur, ce rôle est indispensable au cœur de la stratégie nationale de la recherche qui ne peut se réduire à un simple face-à-face entre les universités et les régions. Nous serons très attentifs sur ce point qui est à nos yeux majeur.

Madame la ministre, ce projet de loi se veut une réponse au défi du redressement économique, social et culturel, même, de notre pays. Pour répondre à cet objectif que nous approuvons, le projet de loi peut encore être enrichi par des amendements qui n’en dénaturent pas le sens. Si l’Assemblée est ainsi écoutée, l’occasion n’aura pas été perdue de rendre espoir à tous ceux qui, difficilement, font vivre notre université.

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