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Publié le Lundi 2 Décembre 2013 par

Pour une Europe qui protège et se protège



Discours de Jean-Luc Laurent, Président du Mouvement Républicain et Citoyen, lors de la Convention "pour une autre Europe" du samedi 30 novembre 2013.


Je ne résiste pas à la tentation de débuter mon intervention par une trouvaille de la semaine dernière, comme la politique peut en offrir parfois : mes collègues députés et moi-même avons reçu un communiqué de la Commission européenne lançant le semestre européen. Son titre ? Semestre européen 2014 : consolider la reprise. On peut y lire des nouvelles rassurantes du front : la reprise est engagée, la coordination budgétaire a atteint un niveau “sans précédent”, les assainissements budgétaires “portent leurs fruits”. En somme, tout - va - bien ! Quelques petites nuances : l’ouverture à la concurrence des marchés et services est insuffisante, les réformes des marchés du travail pourraient aller plus loin.

Je ne vois que deux hypothèses : où nos commissaires européens ont plus d’humour qu’on ne le dit, ou c’est nous qui devons en avoir beaucoup pour essayer de prendre cela avec recul.

Tous les constats que nous faisons depuis des années sont résumés ici : l’aveuglement des institutions européennes sur les effets insidieux des politiques d’austérité, sur les disparités accrues entre économies et les distorsions de concurrence, la position stratosphérique d’une Commission sans légitimité démocratique et sans prise avec la réalité. Tout y est !

Il serait bon que Messieurs Barroso et Rehn prennent la peine de venir expliquer ce qu’est la « consolidation de la reprise » aux Grecs, auxquels un effort supplémentaire d’1,5 milliard est exigé depuis plusieurs jours par la Troïka, aux Italiens et bien sûr aux Français, qui voient leur croissance ralentir et leurs exportations décrocher face à l’Allemagne. Surtout, qu’ils viennent expliquer aux peuples européens ce qu’est la « consolidation de la reprise », 5 ans après le début d’une crise économique qui n’a été que renforcée par les politiques de rigueur contreproductives imposées aux Etats de la zone euro !

Gouverner, c’est devoir parfois rendre des comptes sur ses erreurs. J’ai bien peur que certains n’aient jamais à le faire...

Pourtant, et je l’ai dit ce matin, les choses sont claires : l’Europe telle que nous la connaissons est à bout de souffle. Cette Europe disciplinaire, obsédée par les objectifs chiffrés de dette, de déficit public, d’inflation, cette Europe de la monnaie unique qui a accru les disparités en assemblant des économies structurellement différentes, cette Europe sans projet politique commun ni incarnation, cette Europe du moins-disant social, cette Europe qui met en cause la souveraineté nationale, les services publics et les Etats-nations. C’est cette Europe là qui a fait son temps et non l’idée européenne. Et c’est parce que cette idée n’est pas morte que nous sommes réunis aujourd’hui pour proposer “Une Autre Europe”, une autre voie. C’est cela que nous souhaitons : une alternative !

J’insiste sur ces mots car, trop souvent, quand nous avons pointé les errements de la construction européenne, ses insuffisances et ses excès, on nous a répondu sur le terrain de la Morale et des bons sentiments : les égoïsmes nationaux contre un intérêt commun européen, le repli sur soi contre l’ouverture fraternelle, le risque de la guerre contre la paix assurée depuis 60 ans. Le traitement indigne réservé à Jean-Pierre par le Point cette semaine montre combien la caricature est facile.

Ne nous laissons pas entrainer sur ce terrain là, ce n’est pas celui du débat démocratique. Nous n’avons pas à être honteux d’avoir eu raison hier. Nous n’avons pas à être honteux de refuser aujourd’hui le fatalisme, de refuser de laisser l’UE aller dans le mur en klaxonnant. C’est notre responsabilité de dire les choses haut et fort !

On nous a également répondu, souvent, que c’est parce que nous sommes français que nous ne pouvons pas renoncer à l’ambition européenne en vertu d’un héritage. Mais, sur ce point, nous sommes d’accord ! C’est parce que la France est une grande nation en Europe qu’elle a la responsabilité de la porter mais en la réorientant.


Il m’est difficile d’évoquer la question de la réorientation européenne sans parler de notre engagement dans la majorité, aux côté de François Hollande, qui en avait fait un enjeu de son quinquennat. Si nos analyses diffèrent sur ce point de notre partenaire socialiste, à tel point que figurait dans notre accord signé en mars 2012 un chapitre qui y était consacré, il faut savoir saluer les initiatives et dire lorsque les lignes commencent à bouger.

Le discours clair tenu à notre partenaire allemand en fait partie : ceux qui suivent assidument l’Assemblée nationale et ses débats savent que j’ai pu interroger Jean-Marc Ayrault sur la politique économique de l’Allemagne lors de la séance de questions au Gouvernement mardi dernier. J’ai noté, comme ces derniers mois, beaucoup de fermeté et de détermination du côté de l’exécutif dans la condamnation des distorsions de concurrence en faveur de notre voisin. Par le dialogue et dans l’intérêt de tous – d’abord dans le sien –, l’Allemagne doit réévaluer son modèle et les politiques qu’elle impose aux autres. L’adoption d’un salaire minimum n’est qu’une première étape mais elle nous montre que Mme Merkel n’est pas seule, qu’elle ne règne pas en maitre. Il faut donc pousser, encore et toujours.

Je suis heureux que le Gouvernement ne refuse pas un rapport de force devenu nécessaire. Il faudra aller plus loin car le nœud de la question de la réorientation européenne est là.

Il faut également saluer les initiatives récentes du Président de la République en termes de discussion avec d’autres pays de la zone euro : les liens tissés avec l’Italie et l’Espagne sur les questions de croissance correspondent à un intérêt commun bien compris. C’est également ainsi que nous imposerons une nouvelle donne.

Cependant, il faut le dire clairement : nous partons de loin et, un an et demi après le 6 mai 2012, le compte n’y est toujours pas. Ni la renégociation en profondeur du TSCG, ni une véritable politique de croissance n’ont été réellement obtenues. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons fait valoir pleinement en cette première année notre liberté de vote en votant contre le TSCG, et par notre abstention sur les lois de programmation. Le message du MRC a été clair et bien compris.

Le résultat de cette échec est là et le frémissement de la courbe du chômage ne doit tromper personne: la France stagne et subit une crise dure. Aucune politique de redressement productif et de croissance ne peut porter ses fruits dans un cadre aussi contraint et avec une monnaie surévaluée, avec un euro trop fort et trop cher. Le budget 2014 montre toutes les limites de cet exercice périlleux auquel doit se livrer le Gouvernement sous la pression de ce que j’appelle le Triple B : Bercy, Bruxelles, Berlin.


Les faits nous donnent donc aujourd’hui raison et nous confortent dans notre analyse. Mais dire de quelle Europe nous ne voulons plus ne peut pas suffire. C’est d’un nouveau cap européen dont les Français ont besoin. Quelle Europe voulons-nous ? Quel projet, quels thèmes souhaitons-nous porter ? Au travers de son très bon texte, Marie-Françoise Bechtel a commencé à tracer une voie. A la crise économique et au défaut politique auxquels l’Europe fait face, il faut des réponses claires :

- Tout d’abord, celle à court terme d’une baisse du niveau de l’euro par des politiques de quantitative easing menées par la BCE, en articulation avec des politiques de relance vigoureuses. La sauvegarde de notre tissu industriel passe par là. Cependant, d’ores et déjà c’est bien la question de la transformation de l’euro en monnaie commune que nous devons poser. L’euro, monnaie unique, comporte un “vice constitutif” pour reprendre l’expression de Jean-Pierre, et les transferts qui seraient nécessaires à un équilibrage d’une zone si disparate sont inenvisageables. Nous devons en parler avant que ce ne soit le nouveau parti « L’Alternative pour l’Allemagne » ou le Front National en France qui impose les termes du débat public avec la sortie de l’Euro.
- Ensuite, sortir du « gouvernement par les règles » comme les contrats que Bruxelles prépare actuellement. Rappelons-nous d’une chose: les règles, Schroeder n’en a respecté aucune pendant les réformes allemandes tandis que l’Irlande et l’Espagne étaient de parfaits élèves de la classe européenne…
- Quant au pilotage économique de la zone euro, il faut de la coordination et de la concertation mais en aucun cas un gouvernement économique. Ce pilotage doit procéder des chefs d’Etat et de gouvernement qui ont la légitimité des peuples. Nous assumons le tournant inter-gouvernemental qui a été validé par la crise. La légitimité politique est dans les nations, elle est dans les gouvernements nationaux. S’il y a une institution qui doit monter en puissance dans la gouvernance européenne, ce sont les Parlements nationaux.
- Sur le plan institutionnel : pas de nouveau traité constitutionnel. Cette Europe coercitive est morte, il faut de la souplesse et du projet. La machine normative européenne doit se calmer pour laisser la place à un euroréalisme.
- Nous voulons également une Europe qui protège et qui se protège. Le grand marché nous conduit au libre-échange interne mais il n’a jamais été lié à un libre-échange mondial dont la Commission et une partie des élites européennes souscrivent naturellement, mécaniquement. Il faut défendre nos marchés publics. Il faut une politique industrielle libérée du dogme de la concurrence. Nous avons besoin de champions de taille mondiale.
- Enfin, il faut bien dire un mot de l’’élargissement qui n’a été jusqu’ici qu’une fuite en avant. La bonne diplomatie nous invite à piloter en douceur la fin de cette phase en acceptant progressivement les candidatures balkaniques en examinant bien la maturité de leurs structures étatiques et de leurs sociétés civiles. Mais Il faut terminer et l’utiliser comme un levier politique de stabilité pour une région qui a connu la guerre, il y a à peine plus de 10 ans. Avec les Balkans, les frontières de l’Europe seront atteintes. Nous ne pouvons pas faire entrer un pays de 75 millions d’habitants à cheval sur l’Europe et le Proche-Orient. Il faut une politique ambitieuse de coopération en Méditerranée. C’est dans cette politique que la Turquie et le Maghreb ont toute leur place. Une coopération avec la Russie doit également être construite.

Voilà quelques réponses de nature à fonder un projet européen alternatif, réaliste et fédérateur ! Et quelle meilleure occasion pour cela que les élections européennes qui se préparent dès à présent ?

Nos analyses ont résisté au temps et aux épreuves. Mais avoir raison seul ne conduit à rien. La vocation de tout mouvement politique, c’est de convaincre, de rallier à soi et de rassembler. Et cela implique de prendre ses responsabilités. Louis Barthou disait : « La tour d’ivoire ne convient qu’aux poètes. Il est du devoir des autres hommes d’en descendre pour se mêler à l’action » Nous ne serons pas spectateurs et encore moins commentateurs cyniques : nous nous mêlerons à cette campagne de mai 2014 en présentant des «listes citoyennes pour une autre Europe» !

N’ayons peur ni du débat, ni des coups portés ! Ce n’est qu’au prix de ce combat politique que nous ferons reculer les extrêmes et que nous offrirons enfin aux Français un projet européen digne de ce nom !

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Jean-Luc Laurent
Président du Mouvement Républicain et Citoyen, député du Val-de-Marne. En savoir plus sur cet auteur

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