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Publié le Vendredi 7 Octobre 2011 par

"Pour sortir la France de l’impasse, il nous faut armer les consciences, élever le niveau du débat, faire bouger les lignes"



Discours de Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen, lors de l'université d'été de Carros, 4 septembre 2011.


"Pour sortir la France de l’impasse, il nous faut armer les consciences, élever le niveau du débat, faire bouger les lignes"
Chers camarades, chers amis, Merci d’être venus nombreux à Carros. Je voudrais d’abord remercier l’organisateur de ces universités d’été, Ladislas Polski et derrière lui Yvon Grinda et l’ensemble des militants des Alpes Maritimes, pour leur accueil particulièrement chaleureux et sympathique. Merci aussi à Bastien Faudot pour l’organisation de cette université d’été et à tous les intervenants particulièrement brillants. Je remercie notamment, pour leur intervention de ce matin, Stéphane Rozès, Philippe Guibert, Jean-Yves Autexier et bien entendu Marie-Françoise Bechtel notre première vice-présidente. Je salue notre président, Jean-Luc Laurent, nos vice-présidents, la première vice-présidente mais aussi notre autre vice-président Christian Hutin, député du Nord. Je veux remercier enfin les délégations des partis de gauche d’être présentes, particulièrement le parti socialiste, le parti communiste français, le parti de gauche et puis tous les élus et tous les militants du MRC avec une mention pour l’équipe jeunes autour d’Adeline Crépin qui a animé un stage de formation un peu avant l’université d’été.

Chers camarades, je voudrais développer deux points :

L’impasse d’abord dans laquelle se trouve la France, une tragique impasse dont, je crois, l’opinion n’a pas encore pris totalement conscience malgré ce que nous a dit Philippe Guibert. « Un avenir friable à court terme pour chacun » ce n’est pas tout à fait la même chose que l’impasse historique au fond de laquelle nous nous trouvons désormais mais ça y ressemble. Ce sera mon premier point.

Et mon deuxième point, naturellement, c’est que nous devons sortir la France de l’impasse et nous allons offrir un projet au peuple français. Nous allons faire surgir un recours. Ce sera difficile mais il y a un chemin.

D’abord la France se trouve dans une tragique impasse.

Qui a pris le pouvoir ? Ce sont ces masses de capitaux qui, désormais libres à l’échelle du monde, sans aucune réglementation, comme si le monde était une cuvette, peuvent se déplacer d’un bout à l’autre de la planète avec la vitesse de la lumière, avec des mouvements d’amplification qui démentent tout ce qu’on a pu dire sur l’efficience des marchés. Vous vous souvenez de l’école de Chicago, Milton Friedman : on a dérégulé, on a déréglementé, on a supprimé tout ce qui permettait de mettre un peu de viscosité et on a prêté. D’immenses pyramides de dettes se sont édifiées, des sommes colossales de capitaux sont en circulation assoiffés de rentabilité et avides « d’effets de levier », mais des capitaux qui ne reposent que sur une confiance qui, aujourd’hui, s’étiole. Le montant des CDS - c’est un produit dérivé, plus exactement un produit d’assurance - représente quelque chose comme dix fois le PNB mondial. Il y a une totale déconnexion qui s’est opérée entre la sphère financière et l’économie réelle. Ces masses de capitaux qui ont pris le pouvoir, car une décision d’implantation a pour contrepartie une décision de fermeture, ces masses de capitaux assoiffés d’une rentabilité à 15 %, quelquefois même davantage, détruisent l’entreprise où les actionnaires ont pris le pas sur les salariés. Qui possède aujourd’hui Novartis demandais-je à un haut fonctionnaire? Qui détient son capital ? Réponse : On ne sait pas … Ce ne sont pas des Suisses … des anglo-Américains oui, au conseil d’administration. Mais on ne sait pas très bien quels fonds de placement ils représentent vraiment. C’est un univers mouvant.

Comment en est-on arrivé là ?

Tout cela s’est fait en quatre temps : Dans le monde anglo-saxon : Thatcher-Reagan ; en Europe continentale : l’Acte Unique dont on ne dira jamais assez que c’est l’acte de dérégulation duquel ont procédé trois cents directives dont la plus connue est la libération des mouvements de capitaux, non seulement en Europe mais également vis-à-vis des pays tiers sans exception, y compris les paradis fiscaux, a ouvert la voie au capitalisme financier dont on voit aujourd’hui le naufrage. Puis vint la fin de l’URSS ; le ralliement de la Chine à l’économie de marché, puis son entrée à l’OMC, en 2001, sans que les problèmes de fond soient posés. La Chine c’est le modèle des petits dragons mais à l’échelle d’un pays de 1400 millions d’habitants avec un modèle de croissance qui est fondé essentiellement sur l’exportation et sur l’accueil d’entreprises délocalisées.

Nous sommes en présence, à travers le capitalisme financier globalisé, d’un nouveau Frankenstein, le monstre qui se retourne contre ses créateurs et qui s’attaque aujourd’hui aux Etats. Les Etats sont venus au secours des banques au moment de la crise des liquidités en 2008. Ils sont venus également à la rescousse quand nous étions confrontés à la récession de 2009. Mais aujourd’hui les marchés financiers dans lesquels il y a quand même les banques et leurs salles de marché, se retournent contre les Etats.

Il y a un conflit politique entre deux légitimités, la légitimité du capital et la légitimité démocratique qui s’exprime à travers les nations et les Etats quand ils sont évidemment des Etats démocratiques, quand ils sont des Etats républicains. Et aujourd’hui, les marchés entendent faire sentir aux Etats qu’ils ne peuvent pas faire n’importe quoi, et qu’en particulier ils ne pourraient pas re-réglementer, c’est l’enjeu des G20 et des réunions internationales. Il y a un rapport de forces, mais tout cela va nous conduire évidemment à l’abîme et nous laisse prévoir d’immenses secousses, à très bref délai. Déjà au début de l’été, quand nous nous sommes quittés, début juillet, je vous ai dit « l’été sera chaud », et il l’a été. Eh bien l’automne aussi, même si nous ne sommes pas encore tout à fait en automne. Il est évident que la crise de la monnaie unique n’est qu’un avatar de la crise du capitalisme financier. La spéculation se jette sur les Etats, sur les Etats les plus endettés. Elle fait apparaître ce qu’était le vice constitutif de la monnaie unique que nous avions dénoncé dès 1992. On a mis ensemble des nations qui n’ont pas les mêmes structures industrielles, qui ne sont pas au même niveau, qui n’ont pas les mêmes cultures, les mêmes langues, qui n’ont pas les mêmes repères, qui n’ont pas les mêmes politiques. Et cette monnaie unique n’a évidemment pas fait converger les économies. Tout au contraire, elle les a fait diverger. Elle a creusé les écarts. Elle a renforcé les forts - l’Allemagne et quelques pays nordiques - et elle a affaibli les faibles. Et naturellement, c’est dans cet écart que s’engouffre la spéculation. Je ne crois pas du tout à la théorie de Mme Parisot selon laquelle la crise de la monnaie unique serait un complot anglo-saxon. C’est une vision étonnement myope ! La crise de la monnaie unique résulte de son essence même, et de l’erreur de conception qui est derrière elle. Mais à vrai dire, et vous le savez bien, la monnaie unique était une monnaie politique. Derrière la monnaie unique il y avait le dessein qui fut jadis celui de Jean Monnet, repris par d’autres, de créer une Europe fédérale, de créer les Etats-Unis d’Europe. Et voilà, nous y sommes.

Nous devons regarder comment les choses se passent : Les écarts de taux se sont creusés. L’Allemagne paye pour emprunter un peu moins de 3 %. La France un peu plus. L’Italie aujourd’hui 5 % mais c’était 6 % il y a trois semaines – 5 % avec l’intervention de la Banque Centrale -, l’Espagne était tout près de 6,5 %, le Portugal 9 %, l’Irlande 9 %, la Grèce ça se ballade entre 14 et 16 %. Comme dit Alain Cotta « A ce taux là on n’emprunte plus », donc c’est le fonds européen de stabilité financière, c‘est-à-dire nous, ou les contribuables si vous préférez, qui viennent évidemment au secours des finances grecques. Donc des écarts de taux insoutenables. Parce qu’il faut que vous compreniez bien ce que sont les masses de dettes : pour la Grèce 350 milliards ; pour l’Espagne - l’Etat seulement 700 milliards mais il faudrait prendre les « généralités », et je mets de côté les ménages et les banques, très endettés. L’Espagne est un pays très endetté et c’est un maillon faible. Donc, l’Espagne, si je prends seulement l’Etat espagnol, 700 milliards, l’Italie tout près de 2000 milliards, 1990 milliards ; la France 1650 milliards ; l’Allemagne 2000 milliards, mais évidemment l’Allemagne emprunte à très bas taux, à bon marché et elle n’a pas de problème. Mais si on prend le total des dettes des pays sous tension, ça représente 3 450 milliards. La dette des pays de la zone euro est égale à 85 % du PIB. Vous me direz, c’est moins que les Etats-Unis qui sont à 100% ; c’est moins que le Japon qui est à 200 %, sauf qu’à l’intérieur de la zone euro il y a évidemment des situations très différentes, très contrastées et les enchères de dettes sont considérables : par exemple l’Agence France Trésor, qui opère pour le compte de l’Etat français, lève chaque année 180 milliards d’euros sur les marchés financiers, donc le service de la dette, au taux actuel, c’est à peu près 50 milliards. Si le taux doublait, ce serait 100 milliards. Aujourd’hui c’est le deuxième poste de dépense de l’Etat, après l’Education Nationale - 60 milliards - mais il est évident que c’est un aspect dont on ne peut pas complètement se désintéresser.

Les réponses qui ont été apportées sont des rustines. Le fonds européen de stabilité financière – on a dit 440 milliards – puis avec le FMI 750 milliards, si le FMI veut bien, mais les 440 milliards avec les pays très endettés qui empruntent à plus de 5 % çà n’est pas possible. Donc seuls les pays notés « triple A » peuvent concourir. Les fonds mobilisables dans le fonds européen de stabilité sont évalués à un peu moins de 250 milliards. Avec une surgarantie prévue dans l’accord du 21 juillet, on peut aller jusqu’à 400 milliards à peu près, l’Allemagne mettant je crois 220 milliards et la France 159 milliards. Le gouvernement a d’ailleurs trébuché quand on lui a demandé combien cette opération allait coûter et de combien le montant de notre dette, qui est de 1650 milliards, en sera renchéri. M. Baroin a annoncé que cela coûterait 15 milliards. Comment est-ce qu’on a calculé ces 15 milliards ? En fait nous garantissons pour 159 milliards. Comment ça se répercuterait à 15 milliards ? Je ne sais pas, je suis incapable de l’expliquer. Il faudra demander des explications à M. Baroin. Et comme le feu était à la maison, la Banque centrale a décidé d’intervenir en rachetant des obligations italiennes et espagnoles.

J’ai écrit à M. Sarkozy pour lui suggérer d’appuyer publiquement la décision du conseil des gouverneurs qui a été prise à une écrasante majorité mais sans l’Allemagne, sans les Pays Bas, sans la Finlande, sans le Luxembourg peut-être Le Président m’a répondu : « c’est ce que nous allons commencer de faire mais je ne peux pas prendre une position publique parce que cela gênerait Mme Merkel ». Il est vrai que le Président de la République fédérale allemand, M. Wulff, a déclaré que cette intervention de la Banque centrale était très discutable et contraire au traité. On l’avait déjà fait en 2010 pour les Grecs, les Portugais et les Irlandais ; on le fait maintenant pour les Espagnols et les Italiens mais en très petite quantité. Ces 50 milliards se sont ajoutés aux 60 milliards, total 110 milliards d’après mes dernières informations.

Il faudrait évidemment travailler à une tout autre échelle et je rappelle que la Banque centrale américaine, le Federal Reserve Board, a acheté 1640 milliards de dollars de bons du trésor américain, donc on peut dire que la proportion est de un à dix ou douze, ce qui n’est quand même pas tout à fait la même chose. On nous ballade avec les eurobonds, les émissions qui mutualiseraient la dette, mais mutualiser 10000 milliards de dettes, vous voyez ce que ça signifie. Il y a des pays qui empruntent pas cher et d’autres pays qui empruntent très cher. C’est un très bel acte sacrificiel de mettre tout le monde à contribution mais ça représente des sommes absolument colossales. Ce seraient des émissions pharamineuses et ceux qui nous parlent de cela et qui se disent fédéralistes ne se sont pas avisés que la solidarité nationale est quelque chose de beaucoup plus fort que la solidarité européenne. Moi je suis pour une certaine solidarité en maints domaines entre les pays européens et vous aussi, c’est clair. Mais, dans la réalité, le budget européen c’est 1 % du PIB, les transferts publics c’est 40 %, ce qui veut dire qu’en réalité la solidarité européenne c’est 2,5 % de la solidarité globale et la solidarité nationale c’est 97,5 %. C’est clair, c’est mathématique : 1 % de 40 % si on rapporte à 100, ça faut 2,5 %, donc c’est très faible. Comment peut-on augmenter la solidarité européenne ? On peut imaginer d’affecter le produit de la taxe sur les mouvements financiers, quand elle sera créée, sans la Grande Bretagne et on peut imaginer, quand elle existera, d’affecter la taxe carbone mais ça représentera peu de chose. Mais tout ceci n’est pas vraiment à la hauteur du problème. Alors, on nous dit maintenant « il faut faire le grand saut fédéral », mais ce grand saut fédéral est totalement irréaliste pour la raison que je viens de vous dire.

M. Minc, visiteur nocturne de M. Sarkozy, a déclaré dans le Monde du 6 août : « Si l’Europe pète tout le monde meurt. On va ressortir de la crise un pas en avant. Avec la crise italienne, Merkel va accepter une intégration qu’elle n’a pas acceptée en juillet ». Et le lendemain, dans le JDD « Si l’Italie saute, l’Allemagne saute, l’Europe aussi et le monde enfin. Donc l’Italie ne sautera pas. Nous allons à marche forcée vers une gouvernance économique commune, une mutualisation des dettes pour financer le fonds européen de stabilité et des règles budgétaires strictes. »

Jacques Attali, le 11 août, au lendemain de la rencontre Merkel-Sarkozy, « J’enrage de voir que la solution qui s’impose en Europe, plus de fédéralisme budgétaire, n’ait pas été décidée. Le risque n’est pas de voir la Grèce sortir de l’euro par le bas mais l’Allemagne de sortir par le haut. J’enrage ».

Alors Hubert Védrine a déjà répondu, mais je réponds après lui : Faire d’un ministre des finances européen l’arbitre des décisions budgétaires, c’est rompre définitivement le fil ténu qui existe encore entre l’Europe et la démocratie. Et en fait c’est bien ce vers quoi nous orientent ceux qui se disent fédéralistes parce qu’ils n’ont pas réfléchi.

Comment non seulement mutualiser les dettes mais répartir autrement les compétences ? Les soi-disant fédéralistes sont des gens qui n’ont pas réfléchi à ce dont ils parlent. Les deux variantes de fédéralisme sont irréalistes : la variante utopique, l’union de transferts financiers – l’Allemagne a bien voulu payer, d’ailleurs très cher, pour les Länder de l’Est mais elle ne veut pas payer pour le Péloponnèse, la Calabre, l’Algarve le Connemara, l’Estrémadure, etc. C’est clair. D’ailleurs Jean-Yves Autexier vous lisait un article de Handelsblatt qui était tout à fait significatif. Et la France, la France continentale, elle accepte de payer pour la Corse, pour les Dom Tom, mais si on lui demande en plus de payer pour la Sardaigne et pour d’autres, je ne suis pas sûr qu’elle acceptera. Les Français ont beaucoup de problèmes et ils n’ont pas envie d’ajouter encore à leur dette - 1650 milliards – la dette de tous les autres. Donc l’impasse est totale. L’Allemagne a évidemment les cartes en main puisque c’est elle qui tient le tiroir-caisse. Elle ne veut ni d’une nouvelle augmentation du fonds européen de stabilité ni des eurobonds. Elle veut imposer une autre conception du fédéralisme, une conception coercitive. Un fédéralisme punitif avec des dépôts portant intérêt pour les pays déjà très endettés et puis des amendes si les pays endettés ne se tiennent pas dans les clous. Et là dessus on nous parle d’une règle d’or … Ah, la belle astuce de communication. Moi je parle de règle d’airain, pas de règle d’or.

La règle d’or consiste à confier l’élaboration du budget – qui était laissée jusqu’à nouvel ordre au Parlement - à la Commission européenne, à la Banque centrale européenne en cheville avec les technocrates de Bercy. Il y a déjà des lois de stabilité, des lois-programmes de stabilité sur trois ans qu’on vote au mois de juin et puis ensuite le parlement vote le budget au mois de décembre. Mais son budget il est déjà préconstruit, c’est-à-dire qu’on vide la nation de sa substance démocratique, on en fait une simple circonscription d’action régionale pour les oligarques de Bruxelles qui sont en réalité les oligarques de la finance.

Nous sommes dans ce grand conflit politique entre les peuples et les oligarchies. Le schéma de révision du traité de Lisbonne n’a aucune chance d’aboutir. C’est une ficelle électorale pour M. Sarkozy qui a réussi à européaniser le piège qu’il tend aux socialistes, qui est le piège de la rigueur. J’écoute ce que disent les candidats - François Hollande, lui, il est prêt à faire 3 % de déficit budgétaire dès 2013. Mme Aubry, elle, elle est prête à affecter la moitié des économies qu’elle fera ou des recettes qu’elle prévaudra pour la résorption de la dette. Bref ils sont dans la même logique : il faut réduire les dépenses pour réduire la dette. Ils sont prisonniers de la dette. Et M. Sarkozy, qui se présentait comme un Keynésien dans les premières années de son septennat et qui avait d’ailleurs beaucoup de déficit – le plan de secours aux banques, le plan de relance, le grand emprunt, etc. – maintenant est devenu l’apôtre de la rigueur - plus vertueux que moi tu meurs ! Mais c’est une astuce de campagne et elle ne résistera pas à la réalité parce que bien évidemment dans les dix-sept pays de la zone euro nous n’aurons pas l’unanimité des pays sur ces modifications qui conduisent à une récession généralisée qui est déjà à l’horizon : en Grèce – 5 % et l’année prochaine - 5 % (l’année dernière – 4,5 %), c’est-à-dire une situation absolument dramatique ; l’Italie avec une dette qui fait 120 % du PIB, une croissance à 0,8 % dans la meilleure des hypothèses. Tout cela est intenable économiquement et intenable politiquement parce que les peuples refusent la mise sous contrôle des parlements et de la démocratie.

Il n’y a pas que « los indignados », il y en a d’autres évidemment qui se lèveront. Alors cette crise, c’est la crise d’une certaine conception de l’Europe que malheureusement la France a portée depuis 1950. C’est l’Europe de Jean Monnet. C’est l’Europe sans les nations, voire contre elles. C’est l’Europe à partir du marché tenant les souverainetés nationales en lisière puisque le pouvoir de proposition ne dépend que d’une haute autorité ou d’une Commission européenne. Les Etats qui procèdent de la volonté des peuples n’ont de fait pas la possibilité d’intervenir, il faut que ce soit une initiative de la Commission. Ce projet, qui s’est développé avec une remarquable continuité et dont le but était de faire les Etats-Unis d’Europe, butte aujourd’hui sur cette incohérence majeure. Si on veut faire l’Europe il ne faut pas faire comme si les nations n’existaient pas. Les nations viennent de loin, elles s’enracinent dans les siècles et même les millénaires et on doit tenir compte de cette réalité si on veut construire une Europe démocratique, et pas contre les peuples. Cette façon de faire aboutit à une impasse.

Il y en avait une autre qui nous avait été proposée par le général de Gaulle, c’était une Europe des nations, une Europe européenne existant par elle-même de manière indépendante, une Europe qui se faisait à l’époque contre les blocs dominés par l’URSS et les Etats-Unis. Cela n’existe plus mais aujourd’hui il y a toujours les Etats-Unis bien sûr, puis il y a la Chine. Il y aurait la nécessité de construire quelque chose et moi je crois à l’actualité de cette conception, naturellement revisitée. Dans la construction européenne, telle qu’elle a évolué, deux faits nouveaux se sont produits : la réunification de l’Allemagne en 1990 et l’élargissement à l’Est de l’Europe, nous sommes vingt-sept et non plus six. Tout cela est la conséquence de la chute de l’Union soviétique et vous connaissez ce que j’appelle le « deal » de Maastricht, c’est-à-dire l’Allemagne acceptant une monnaie unique dont elle a fixé les règles, et acceptant un calendrier que François Mitterrand échange en contrepartie de son acquiescement à la réunification. C’est ce que j’ai appelé le pari pascalien de François Mitterrand sur l’au-delà des nations par analogie avec le pari de Pascal sur l’au-delà – il faut vous convaincre que la vie terrestre est vraiment une misère mais que la vie éternelle, il n’y a pas de commune mesure, ça se démontre mathématiquement. C’est un mathématicien qui vous parle – je veux dire Pascal - donc choisissez de croire et si vous ne croyez pas, faites les gestes de la foi. Eh bien le raisonnement de François Mitterrand a été un peu le même : pari pascalien sur l’au-delà des nations, une Europe, les Etats-Unis d’Europe et si vous ne croyez pas eh bien le drapeau bleu, avec ses douze étoiles d’or, le drapeau de Marie et puis la neuvième symphonie, et puis le parlement européen, et beaucoup de choses comme ça, et puis à la fin tout ça marchera … sauf que ça ne marche pas …

Alors nous sommes dans une situation difficile puisque c’est l’Allemagne qui a aujourd’hui toutes les cartes en mains : je rappelle que son excédent commercial était de 200 milliards en 2007, qu’il sera un peu inférieur cette année compte tenu de la conjoncture mondiale, mais qu’il en est quand même proche alors que le déficit de la France va dépasser 70 milliards d’euros. Moi je me souviens du déficit français sur l’Allemagne, c’était 28 milliards de francs en 1982 et aujourd’hui c’est 28 milliards d’euros. Vous voyez ça fait une multiplication par 6,5. Alors l’Allemagne, elle, elle a choisi l’industrie, les PMI à haute densité technologique, les excédents commerciaux, la recherche, la formation professionnelle, une exploitation méthodique des opportunités géographiques dans ce qu’on appelle la Mitteleuropa, avec les pays voisins comme par exemple la Tchéquie - donc fabrication des composants à bas coût mais assemblage en Allemagne, ce qui fait qu’elle conserve les marges qui vont avec…

Est-ce que le projet allemand a un sens ? On dit démographie vieillissante, donc choix des excédents pour préparer l’avenir. Mais est-ce que c’est vraiment un avenir que de vieillir ? J’en doute. Alors au-delà il y a le partenariat avec la Russie qui redonne à l’Allemagne cette profondeur continentale qu’elle a toujours recherchée par des moyens divers mais est-ce que l’Allemagne est de taille, et puis est-ce que par rapport à la montée des pays émergents - la Chine, l’Inde, le Brésil - l’Allemagne sera la petite Chine que nous connaissons aujourd’hui ? Est-ce que c’est bien vu ? Surtout, l’Allemagne peut-elle se passer de la zone euro qui est devenue son marché intérieur et dont le ralentissement va frapper par une sorte de coup de boomerang son économie elle-même ?

Y a-t-il une cohérence dans la politique allemande ? Pas de défense, une politique extérieure qui présuppose un accord entre les Etats-Unis et la Russie, alors ça marche avec Obama mais ça ne marchera peut-être pas toujours … Beaucoup d’impasses, donc nous ne sommes pas aussi désarmés que cela et je pense que la France devrait réfléchir d’une manière beaucoup plus stratégique que ne le fait M. Sarkozy. Aujourd’hui elle n’a pas de projet. Alain Cotta nous la décrivait hier comme en 1939, attendant le coup fatal et se réfugiant dans l’insouciance.

Que nous offre Nicolas Sarkozy ? Il nous dit « moi mon horizon c’est « le triple A », je veux garder « le triple A », tout ce que j’ai fait - la réforme des retraites, le remplacement d’un fonctionnaire sur deux, le gel des dotations aux collectivités locales, la règle d’airain, enfin la règle d’or parce qu’on parle en terme de communication (s’il voulait parler franc il dirait la règle d’airain) - tout ça c’était pour garder le « triple A ».

Mais Monsieur le Prédisent, le « triple A » n’est pas un projet républicain. Comment le peuple français pourrait-il se reconnaître dans cet horizon du « triple A », mourir pour le « triple A ». Comment mieux dire que la souveraineté populaire a été remplacée par la souveraineté de Standard and Poor’s … Nous sommes vraiment à la botte des marchés financiers. C’est le contraire de ce que je vous ai toujours dit, notamment en 2002 « Les marchés financiers ne sont pas l’horizon de l’Humanité, ce sont les peuples et les nations qui sont les acteurs de l’Histoire ». M. Sarkozy nous entraine dans cette direction avec tous les arrière-plans électoralistes que j’évoquais tout à l’heure. Mais M. Devedjian, qui a pour ça peut-être quelques raisons propres aux Hauts de Seine de s’exprimer ainsi, déclare « la situation exige un grand projet de société ». Il met le doigt là où ça fait mal, car le « triple A » n’est certainement pas un grand projet de société.

L’habileté de Nicolas Sarkozy, je veux parler de l’habileté électorale, c’est d’avoir suivi l’impulsion donnée par Mme Merkel, parce que M. Sarkozy suit Mme Merkel, puis M. Zapatero, lui, vous voyez bien, il vote la règle d’or et M. Papandréou, il est à quia, donc faites comme eux. Voilà l’incitation et si vous ne voulez pas faire comme eux, vous êtes des démagogues, donc vous dévissez, comme s’il n’était pas possible d’apporter une autre réponse. Alors, je vous le disais tout à l’heure, jusqu’à présent François Hollande et Martine Aubry sont restés prisonniers de cette logique sarkozienne. Quant au programme socialiste, qui représente entre 100 et 125 milliards de dépenses, selon les estimations, celle du parti socialiste étant la plus basse, il n’est pas réalisable dans le cadre actuel si l’on n’a pas parlé de l’euro. Alors j’ai beaucoup écouté ce qui s’est dit à La Rochelle, je n’étais pas là-bas moi-même mais j’ai écouté ce qui s’y disait, et d’abord j’ai vu qu’il ne s’était rien passé. Je me suis dit, c’est très bien pour le parti socialiste parce qu’ils auraient pu se faire mal … Mais je n’ai pas entendu parler de la crise de l’euro, ça n’existe pas … J’ai entendu des odes à la croissance, prononcées par François Hollande dans un lieu qui s’appelle l’oratoire, c’était un lieu prédestiné.

Alors moi je vais vous dire maintenant comment on peut changer de logique parce qu’il faut changer de logique. Il faut sortir de l’impasse où se trouve aujourd’hui la France. Il faut lui rendre confiance. Il faut remettre le peuple français debout, je dis bien le peuple français comme peuple de citoyens. Il faut lui expliquer d’abord que pour résorber la dette - parce que naturellement nous sommes désireux de payer les dettes de la France - il ne faut pas entrer en récession parce que ce serait le plus sûr moyen d’accroître la dette. Pour résorber la dette il faut imaginer un nouveau trend de croissance, une nouvelle prospérité. C’est la seule manière de sortir du piège.

Comment redevenir maître de notre destin ? La crise actuelle, vous le sentez bien, dépasse ces aspects purement financiers dont je vous ai parlé parce que c’est notre quotidien, mais c’est un remodelage général de la mappemonde : d’une part la montée des pays émergents, et d’abord des pays de l’Asie – la Chine, l’Inde, le Brésil, d’autres encore – le lent déclin des Etats-Unis irrémédiable – il peut être ralenti mais il ne peut pas être empêché, et puis d’autre part, entre les deux, il y a la crise de l’Europe. Il faut rebâtir l’Europe sur de nouvelles bases. L’Europe est à refaire. Entre les Etats-Unis et la Chine, nous devons faire surgir un acteur global pour desserrer les tenailles de ce qu’on a appelé le G2. Il faut revenir à l’Europe européenne, selon le général de Gaulle : une Europe fondée sur la démocratie, c’est-à-dire les nations, une Europe forcément à géométrie variable parce que cet espace qui comprend non seulement l’Europe à vingt-sept mais qui va jusqu’à la Russie, qui doit s’étendre à l’euro-méditerranée, à l’Afrique, cet espace est évidemment très divers, très hétérogène, donc on ne peut pas procéder par une espèce d’unification qui serait artificielle. Il faut concevoir dans les différents domaines des politiques spécifiques, à géométrie variable, avec qui le veut, ou le peut.

Vous sentez que ce monde est en pleine effervescence. Des révolutions démocratiques, arabes monte une exigence qui ne pourra être satisfaite qu’appuyée sur l’idée républicaine. Je ne veux pas en dire plus, pour le moment, parce que nous sommes simplement au début de cette affaire. Je pense que s’agissant de la Libye il serait temps que l’ONU prenne ses responsabilités et écarte l’intervention de l’OTAN. Je pense qu’il faut donner aux Libyens la possibilité de se réconcilier et de s’entendre. En Libye les difficultés commencent. Je crois qu’il ne convient pas aujourd’hui de sombrer dans une espèce de triomphalisme qui serait prématuré. Il faut donner au peuple libyen les moyens d’exister démocratiquement. Donc un projet qui soit à l’échelle mondiale, le projet d’une Europe européenne entre la Chine et la Russie mais aussi une véritable inversion de la logique néolibérale. Il faudra re-réglementer, mettre de la viscosité dans cet univers qui est aujourd’hui dominé exclusivement par la finance. J’approuve l’idée d’une taxe sur les mouvements financiers. Beaucoup d’autres choses seraient nécessaires, y compris d’ailleurs des mesures de contrôle des mouvements de capitaux ou de taxation mais naturellement cela demande des initiatives, si possible coordonnées. Si ce n’est pas possible, eh bien il faudra savoir avancer à notre rythme.

La question principale posée aujourd’hui est celle de l’avenir de la zone euro. La zone euro est au cœur de cette grande Europe dont je vous parlais. C’est 300 millions d’habitants. C’est la partie la plus riche de l’Europe. C’est là que sont concentrés les populations, les villes, les grands flux d’échange. Est-ce qu’il est possible de sauver l’euro ? Est-ce qu’on peut permettre à la monnaie unique de se stabiliser ? J’ai développé ce scénario qu’au fond je préfère parce que je sais très bien qu’à partir du moment où on va détricoter la zone euro beaucoup de problèmes vont se poser : d’abord l’ampleur des dévaluations, le défaut sur les dettes, bref tout cela pourrait déboucher, si ce n’était pas maîtrisé, sur une sorte de spirale à la baisse. Mais le scénario A peut être défendu à travers ce que j’appelle « la monétisation de la dette ». La Banque centrale a commencé. Comme je l’ai écrit au président Sarkozy, il faut convaincre les Allemands pour que la BCE ressemble de plus en plus au Federal Reserve Board américain car à partir de là on peut passer par le fonds européen de stabilité, on peut faire en sorte que les avances de la Banque centrale européenne soient faits au fonds européen de stabilité qui ensuite interviendra en rachetant la dette des différents pays. Alors évidemment ça pose le problème de ce qu’est la logique d’ensemble : est-ce que c’est une logique d’austérité - il y aura forcément un contrôle -, mais est-ce que ça peut s’insérer dans un plan de croissance à l’échelle européenne. Il y a du mou sur les salaires, notamment en Allemagne. On l’a vu hier. On pourrait imaginer que, ensemble, nous soyons capables de concevoir un grand plan d’investissement dans le domaine de l’énergie pour préparer la transition énergétique quels que soient les choix des uns et des autres. On pourrait imaginer une coopération industrielle en nous appuyant sur la révolution technologique de notre temps qui est le numérique. Ca ne créerait peut-être pas d’emplois directs en grand nombre mais ça créerait de la richesse qui permettrait de créer des emplois indirects. Il faut relever le défi du climat car il est probable que l’augmentation des gaz à effet de serre a quelque chose à voir avec l’activité humaine. Et il faut aussi penser stratégiquement en matière de défense : les Etats-Unis s’occuperont de moins en moins de l’Europe. Ils vont se polariser sur l’Asie, sur la Chine, sur le Pacifique. Et nous, nous devons exister militairement. Nous devons exister au plan des industries de défense. On a commencé à faire des choses avec la Grande-Bretagne mais il faudra en entrainer d’autres, l’Allemagne notamment qui ne consacre que très peu d’argent à sa défense, à peine 1 % de son PIB. Mais il y a beaucoup à faire pour penser une autre perspective stratégique pour l’Europe, et pour penser aussi du point de vue des couches populaires, un autre projet de société, thème qui a été abordé ce matin avec talent par les intervenants de la table ronde pour la satisfaction d’un certain nombre de besoin sociaux.

Jean-Yves Autexier l’a très bien dit : l’Ecole qui est au cœur de la République, l’Ecole qui doit d’abord remédier à l’échec scolaire car il est absolument scandaleux en effet qu’on trimballe 25 % d’une classe d’âge en situation d’échec scolaire du CP jusqu’à la sortie du collège qui sont les mêmes de bout en bout et auxquels on a renoncé dès le départ à donner le petit bagage lexical et grammatical dont ils avaient besoin pour être à la hauteur de leurs camarades. Ça c’est une idée claire et ça veut dire priorité à l’école primaire, à l’école maternelle, au dépistage des handicaps précoces et ça veut dire aussi action vis-à-vis des Français d’origine immigrée récente ou des étrangers en situation régulière pour qu’ils apportent à leurs enfants, peut-être par le biais de cours spécifiques, le bagage linguistique dont ils ne disposent pas à domicile. Il y a un énorme travail à faire de ce point de vue-là.

Rappeler au peuple français son Histoire, ce que ne fait plus aujourd’hui l’Ecole. Il faut aussi exorciser une autre date de notre histoire qui est 1940. La France, il faut quand même le dire, était dramatiquement isolée. Il faut concevoir les deux guerres mondiales comme un tout. Nous avons payé le prix fort lors de la première guerre mondiale et dans l’entre-deux guerres la France était pacifiste. Elle s’est abandonnée et on voit le résultat. Mais nous n’avons pas beaucoup été aidés. Nous n’avions plus d’alliés. Nous étions tout seuls. Je ne veux pas éluder les responsabilités de nos élites qui sont immenses. Elles ne les ont reconnues que sous le poids de la nécessité. Il a fallu la Libération pour rendre les Français gaullistes. Mais nous devons absolument faire comprendre toute l’histoire de France – Jean-Yves parlait de ses moments de gloire, de ses gouffres. Je pense que si les sommets n’effacent pas les gouffres, ils nous aident à les relativiser parce que l’histoire de la France c’est l’histoire du combat pour faire triompher les idées républicaines malgré toutes les difficultés, malgré les reculs mais avec des avancées et la République a toujours triomphé. Je vous le rappelle l’affaire Dreyfus qui en est le modèle, la réhabilitation de Dreyfus, 1906, puis le Front populaire, et puis la défaite, 1940. Mais il y a quand même 1944, le Conseil national de la Résistance, la Libération et je pense que nous devons avoir une vision dynamique de notre histoire et faire comprendre que le peuple français n’a qu’une définition, c’est un peuple de citoyens.

Ce n’est pas facile à faire comprendre parce qu’il y a aujourd’hui les porteurs d’une définition ethnique ou ethnico-culturelle qui peut avoir une certaine réalité parce que les mentalités n’évoluent pas rapidement et c’est vrai que le concept de la famille patriarcale, voire endogamique, est puissant dans les sociétés du pourtour du bassin méditerranéen. Ca ne va s’effilocher que petit à petit, mais il faut avoir confiance dans le dessein de l’intégration. La France a toujours été le pays du métissage. Nous devons le rester, c’est notre chance. Nous devons nous teinter des couleurs du monde, nous ne deviendrons pas le Brésil bien entendu, ce n’est pas notre histoire, mais il y a, je dirais, 200 millions de locuteurs francophones dans le monde, dans les pays arabes, en Afrique. N’ayons pas peur. Soyons fermes sur les principes. Soyons, sur des questions comme la sécurité ou l’immigration, tout à fait au clair. Il y a un discours républicain à tenir, il ne faut pas mollir. Il ne faut pas sombrer dans le discours victimaire compassionnel, ce serait une erreur si nous voulons reconquérir la confiance des couches populaires. Mais pour cela, naturellement, il faudra redresser l’Ecole, il faudra que les médias apprennent à réintroduire d’autres critères que les critères ethniques dans la lecture de l’actualité. Il y a aussi un raisonnement à partir de ce que sont les classes et les milieux sociaux qu’il faut réintroduire dans les grilles de lecture médiatiques. Il faut rendre confiance à la jeunesse pour lui permettre de se situer dans le monde. Bref il y a une conquête républicaine à mener et pour cela il faut faire bouger les lignes, pour mettre la France à la hauteur des défis qui l’attendent.

Alors vous m’attendez pour me dire « Candidat, ou pas candidat ? ». J’ai dit, au mois de juin, que je serai candidat pour faire bouger les lignes, la phrase complète est celle-là. Faire bouger les lignes, c’est-à-dire faire évoluer les conceptions. J’ai naturellement une conception pédagogique de ma candidature. Je sais que sa fonction est de faire bouger les lignes, pour faire en sorte qu’un certain nombre de gens, placés devant des évènements auxquels ils n’étaient pas préparés, soient capables de reprendre le logiciel que nous avons élaboré au milieu d’immenses difficultés, depuis très longtemps - on évoque Maastricht, 1992, mais le combat avait commencé bien avant. J’ai dit que j’officialiserai ma candidature à l’automne. Il faut pour cela que l’opinion puisse la recevoir. Mais l’automne ça veut dire quoi : ça veut dire, au plus tôt le 21 septembre et au plus tard le 21 décembre, donc je me donne une marge d’appréciation. Je sais par expérience qu’une campagne présidentielle ça dure très longtemps, c’est très difficile - je vous le dis, c’est très difficile. La France est une grande circonscription. Il ne suffit pas de se laisser porter parce que, par exemple, sur l’immigration j’aurais changé mon discours comme certains me le conseillaient en prônant un moratoire de l’immigration, mais j’aurais manqué à mon éthique si je l’avais fait. Alors il faut qu’il y ait aussi la rencontre du sentiment populaire et du discours du candidat s’exprimant en conscience par rapport à l’avenir du pays.

Aujourd’hui la France n’a pas pris les moyens de son redressement. Une Europe européenne, telle que je vous en ai dessiné l’esquisse, ne peut s’accommoder d’une France déclinante peu à peu transformée en parc d’attraction à l’extrémité du continent eurasiatique, ce qui est notre destin dans le capitalisme financier globalisé.

Pour sortir la France de l’impasse et lui préparer un autre avenir, il nous faut armer les consciences, élever le niveau du débat, faire bouger les lignes.

Comment y parvenir ?

Moi, je vous pose la question. Etant donné ce que sont les institutions de la Vème République peut-on le faire autrement qu’en étant candidat ? C’est une question difficile à laquelle je vous demande de réfléchir. Gardez intact votre courage car notre ligne de force est la bonne. La France aura besoin, quoi qu’il arrive dans les années qui viennent, d’un recours. Elle aura besoin de retrouver ses fondamentaux. Elle aura besoin d’un axe politique. Elle aura besoin d’un projet. Et moi, j’aime mon pays. Je crois en la France. Je ne pense pas que la France soit morte. Je pense que le passé pèse sous les apparences de l’éphémère et que l’anecdote dans laquelle on voudrait nous entrainer – comment se passe le retour de celui-ci, et celui-là va-t-il y aller, etc. – n’est rien et qu’il y a en profondeur un peuple qui a une tradition, qui a une volonté, qui a des valeurs, pas seulement des valeurs d’égalité, mais aussi des valeurs de création, de courage, de liberté créatrice et c’est cette capacité d’orientation que nous allons devoir, ensemble, exercer. Je vous donne donc rendez-vous dans les prochaines semaines.


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Jean-Pierre Chevènement
Président d'honneur du MRC, Sénateur du Territoire de Belfort En savoir plus sur cet auteur

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