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Publié le Lundi 1 Septembre 2014 par

"L'erreur majeure de la gauche est d'avoir refusé le rapport de force avec l'Allemagne"



Intervention de Jean-Luc Laurent, président du MRC et député du Val-de-Marne, à l'Université d'été du Parti Socialiste de La Rochelle, lors de la plénière "L’unité de la gauche : pourquoi, comment ?", samedi 30 août 2014.



Seul le prononcé fait foi

Tout d’abord je tiens à remercier le Parti Socialiste et Jean-Christophe Cambadelis pour cette invitation. L’actualité brulante nous montre combien cette confrontation est nécessaire.

Disons le clairement : La gauche n’est pas seulement diverse, elle est également profondément divisée sur le diagnostic de la crise comme sur les solutions pour en sortir. C’est à ce niveau que le débat doit avoir lieu plutôt que sur les options tactiques, d’organisation ou de tuyauterie : le projet commande les alliances, pas l’inverse.

Je pense donc que la question à laquelle il convient de répondre n’est pas «pourquoi ?» ni « comment ? » mais plutôt « l’unité de la gauche : pour quoi faire, pour quel projet ? Pour en faire quoi ?».

Je m’autoriserai en préambule une petite mise au point : si nous voulons que le débat à gauche soit utile, nous devons pouvoir nous dire les choses directement. Sans détours. Au risque de froisser.

Le MRC a conclu un accord politique lors des présidentielles de 2012. Il est dans la majorité avec sa liberté d’expression et de vote et dans le contexte actuel, je n’entends pas être loyal à un homme. Je veux être loyal aux idées, fidèle à moi-même, à ce qui fonde l’action du MRC.

Simplement, il y a des doutes : des doutes sur l’absence de résultats, des doutes sur le cap qui a été fixé. C’est normal. Et il nous revient, partenaires, d’alerter quand cela s’impose. Aujourd’hui, la France se trouve dans l’urgence.

L’urgence économique et sociale d’abord.

Les derniers chiffres sont là pour nous la rappeler. Les indicateurs sont au rouge et certains doivent retenir davantage notre attention : la production industrielle a baissé de 4% au 1er semestre 2014, les exportations se sont contractées de 15 milliards d’euros et, plus grave encore, l’investissement des entreprises s’est réduit de 0,8% au 2ème trimestre, ce qui démontre une modification des comportements des agents économiques.

La crise est profonde et, à 2 ans et demi de l’échéance de 2017, les dernières cartouches pour redresser l’économie sont à tirer aujourd’hui. Ensuite, il sera bien tard.

Urgence politique ensuite.

Les résultats des dernières élections municipales et européennes sont sans équivoque. En faisant la grève de l’isoloir ou en mettant le Front national en tête des résultats, les Français ont fait part de leur désaccord. Ils ont attiré l’attention sur une certaine souffrance mais ont aussi sanctionné, sans appel, le gouvernement et la majorité. Il serait dangereux d’être sourd à ce message ou de l’interpréter comme cela nous arrange.

Mais, au-delà des chiffres et des réalités électorales, c’est le climat dans notre société qui m’inquiète le plus avec la dégradation du civisme et de la parole politique. Le trouble s’est ancré dans les têtes et nombreux aujourd’hui sont ceux qui doutent de notre capacité collective, en tant que nation, à faire face, à sortir la tête de l’eau.

La côte d’alerte est atteinte sur tous les plans. Les Français demandent des résultats, sûrement, mais surtout des repères. Quelles réponses pouvons-nous y apporter ?

Pour le MRC, la crise que la France et notre gouvernement rencontrent a deux facettes : crise économique liée à la construction européenne d’une part, crise de la politique et de souveraineté de l’autre.

Crise économique en Europe

Au MRC, nous pensons que la réorientation radicale de la construction européenne est la condition du redressement de la France car elle est l’échelle déterminante. Les décisions prises par le gouvernement, et qui vont dans le bon sens comme les mesures en faveur de la compétitivité, sont insuffisantes et risquent d’être anéanties par un contexte européen où l’irrationnel a pris le dessus.

Les efforts doivent avoir un sens. Tous les efforts consentis par la nation peuvent être balayés par les mouvements de change entre l’euro et le dollar. La politique monétaire n’est pas neutre et la monnaie unique dans sa configuration actuelle accroit l’hétérogénéité en Europe. La monnaie unique n’unifie pas l’Europe, elle la divise.

En cela, permettez-moi de le dire, Arnaud Montebourg, parmi d’autres, pose de bonnes questions et avance des propositions que nous avons présentées depuis longtemps.

Le MRC, avec ses parlementaires, n’a pas approuvé à l’été 2012 la ratification du traité TSCG.

Deux questions appellent une intervention :

1 / La question de l’austérité qui nous est dictée aujourd’hui par l’Allemagne et nos élites européennes. Il ne s’agit pas de critiquer par principe les efforts demandés. Mais le rythme de réduction du déficit avec la règle des 3% qui nous sont imposés et la simultanéité de plans de rigueur sur le plan européen ne sont pas acceptables. Alors que pèse sur l’Europe un risque de déflation unanimement pointé du doigt, qu’il est clair que les politiques de consolidations budgétaires n’ont porté leurs fruits nulle part (cf Espagne, Portugal, Grèce) et que l’Europe rencontre aujourd’hui un problème de demande, il serait suicidaire de continuer à faire des 3% notre horizon politique. Cette Europe de l’austérité et du libéralisme est à bout de souffle et même l’Allemagne commence à en subir les conséquences avec une récession de moins 0,2% au 2e trimestre.

Krugman avait écrit quelque chose de très juste en 2008 sur la lutte obstinée contre les déficits : « l’élite des responsables politiques agit comme les prêtres d’un culte antique, exigeant que nous nous livrions à des sacrifices humains pour apaiser la colère de dieux invisibles ». Mais, il n’existe pas de Dieu de la croissance et de l’emploi.

On récolte simplement ce que l’on sème : une baisse considérable de la dépense publique, parfois purement conjoncturelle avec des gels de prestations sociales, entraine la baisse de l’activité économique, la perte de recettes pour l’Etat, la hausse du chômage, accentuant un peu plus encore le cycle déflationniste amorcé. Il n’y a rien de sorcier là-dedans. Avec cette option, on pose les bases de son propre échec. On ne conduit pas une politique économique avec une logique comptable. Car il y a une erreur de jugement dans la lutte contre les déficits : gérer l’Etat en bon père de famille n’est pas la bonne voie. L’Etat n’est pas un ménage.

Un ménage, lorsqu’il a un problème de déficit, il lui suffit de réduire ses dépenses pour rééquilibrer ses revenus. Pour un Etat, quand il réduit ses dépenses, cela agit sur ses ressources notamment fiscales. En fait l’austérité produit le contraire de l’objectif recherché : les recettes se contractent plus rapidement que les dépenses.
C’est ainsi qu’en regardant l’évolution du budget 2014, nous allons aboutir à nous retrouver au même niveau de déficit qu’en 2013. Autour de 4.3 %. Voilà la réalité.

Sur cette question européenne, l’erreur majeure est d’avoir renoncé à convaincre nos partenaires européens et d’avoir refusé le rapport de force avec l’Allemagne pour imposer une nouvelle donne alors même que les esprits étaient en train de bouger. Le renoncement le plus emblématique reste à ce jour la ratification du TSCG en 2012, traité négocié par Nicolas Sarkozy et qui n’aura jamais été remis à plat comme promis et prévu entre nous à gauche.

2/ La question de la surévaluation de l’euro et, derrière cela, du problème structurel de la monnaie unique. Avec Jean-Pierre Chevènement, nous le signalons depuis 1992 et la ratification du traité de Maastricht : l’euro est une mauvaise idée, une monnaie viciée dès l’origine. En ayant mis bout à bout des économies structurellement divergentes, nous avons créé un monstre qui nous échappe. La monnaie unique telle qu’elle existe aujourd’hui est un boulet pour les économies de la zone euro. Sa surévaluation, qui n’arrange que l’Allemagne, ne cesse d’ailleurs de pénaliser nos exportations et notre compétitivité.

Avec le MRC, nous avançons une proposition : transformer la monnaie unique en monnaie commune. Dans ce cadre, l’euro cohabiterait avec des subdivisions monétaires nationales, ce qui permettrait les ajustements monétaires en évitant ce que nous connaissons aujourd’hui : la dévaluation interne par les salaires et le chômage.

L’Europe est la clé du redressement et de la réussite de la majorité. Sans réorientation radicale de l’Europe, pas de retour à la croissance, pas de sortie de crise possible. La défense des intérêts de la France face à l’Allemagne, et des intérêts de l’Europe elle-même, est vitale. La confrontation est devenue plus que nécessaire et notre gouvernement doit s’y engager.

Crise de la souveraineté, crise de la politique


Je voudrais enfin attirer l’attention sur la 2e facette de la crise que nous connaissons : la crise de la politique et du politique. Je l’appelle crise de souveraineté car elle met en doute jusqu’à notre capacité d’action. Cette question n’est d’ailleurs pas totalement déconnectée de celle de la construction européenne.

Les dernières élections municipales et européennes ont mis une nouvelle fois en lumière une rupture entre le peuple français et sa classe politique, caractérisée par une hausse de l’abstention et du vote Front national. Comment l’expliquer ?

Je ne crois pas à la prévalence d’explications morales.L’explication ne peut pas être non plus purement conjoncturelle : le chômage, la hausse des inégalités sont une explication mais n’expliquent pas tout. Nous avons déjà connus des crises économiques. Il y a quelque chose de plus profond, qui touche aux bases mêmes de la démocratie représentative.

Ma conviction est que le peuple français sanctionne un triple manquement de sa classe politique : la succession de reniements, l’impuissance à infléchir le cours des choses (mondialisation, Europe) et l’absence de récit collectif.

Les citoyens se sentent orphelins de la parole publique, ils sont privés de repères, ils ne se sentent plus écoutés et encore moins compris. Alors, à leur tour, ils cessent d’écouter leurs élus. Le FN est, au fond, l’orphelinat de la politique, la maison d’accueil des déçus de la politique. C’est cela qu’il faut changer.

La parole politique ne porte plus d’abord à cause de reniements successifs des responsables élus, reniements souvent de leur propre parole. De ce point de vue, peut-on vraiment échapper à gauche à l’auto-critique ?

La presse nous renvoie suffisamment au discours du candidat Hollande au Bourget pour constater le fossé qu’il y a parfois avec les mesures prises aujourd’hui. Et vous êtes bien placés pour connaitre de nombreux citoyens, orphelins du discours du Bourget.

Sur le respect du citoyen et de la parole publique : 2005 est un cas emblématique. La politique européenne de la France est bâtie depuis 10 ans sur un déni de démocratie : celui du 29 mai 2005 et de la victoire du « non » et de l’aspiration à une autre Europe.

La parole politique n’est plus entendue ensuite car il semble aux Français que nous n’avons plus prise sur la réalité, sur le cours de choses. Leur impression est que le destin de notre pays nous échappe, nous file entre les doigts, perdu entre la mondialisation et une construction européenne dont plus grand monde ne sait où elle va.

Difficile à cet égard de leur donner tort quand les mauvais chiffres économiques s’accumulent et que les injonctions de l’Europe à l’austérité ne trouvent, en France, que peu de contradiction. Il faut reprendre la main en Europe et croire en la force de la France. C’est cela qu’attendent les Français, pas le fatalisme ni l’impuissance.

Enfin, les Français se détournent car nous ne réussissons pas à promouvoir un discours collectif, à produire du commun et des repères : j’appartiens à un parti politique où Nation, République et citoyenneté ne sont pas des vains mots. Ils sont, à nos yeux, les socles de notre vie en communauté et le fil de notre histoire contemporaine. C’est parce qu’elle a ces repères, que la France est une.

Sans nation, il n’y a plus de démocrate. Le sentiment d’appartenance partagée à la nation fonde deux principes essentiels : l’acceptation de la loi et le consentement à l’impôt.
N’abandonnons pas la nation au FN.

Le repli sur soi n’est pas uniquement une résultante de la crise, il est aussi le symptôme d’une difficulté chez les Français à s’imaginer un destin commun. Tous les responsables politiques en sont comptables aujourd’hui. Il y a donc urgence à faire retour à la nation, à la république car en temps de crise, c’est ce que nous avons de plus précieux et de plus solide.

Unité de la gauche et “lutte” contre le Front national

J’en terminerai par un sujet qui nous préoccupe tous, qui est symptomatique des crises que j’ai évoquées et qui, en partie, justifie que nous soyons tous autour de cette table à dialoguer : je parle de la montée constante du Front national.

Nous pensons que ce n’est pas par des postures morales ni par une lutte frontale que nous ferons reculer ce risque qui pèse sur la démocratie. Comme je l’ai dit, le FN n’est rien d’autre que l’orphelinat de la politique : il se nourrit de la crise, de la souffrance mais également de nos propres erreurs, à gauche. En tant que partis de gouvernement, nous avons une responsabilité immense. Nous n’avons pas le droit à l’échec car nous savons ce qui se profile au tournant.

Réorienter radicalement l’Europe, restaurer la crédibilité du politique par des paroles fortes suivis d’actes forts, poursuivre le débat et la confrontation ouverts aujourd’hui : voilà quelle doit être notre feuille de route d’ici 2017. Voilà comment nous pourrons construire l’unité de la gauche et rassembler à partir d’un projet. Pas avec une approche d’organisation ou de tuyauterie politique. C’est ainsi que nous redresserons la France !

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Jean-Luc Laurent
Président du Mouvement Républicain et Citoyen, député du Val-de-Marne. En savoir plus sur cet auteur


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