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Publié le Vendredi 15 Avril 2016 par

Hinkley Point : EDF n’a pas le droit à un faux pas


Mots-clés : edf, nucléaire, énergie

Jean-Luc Laurent a publié une tribune concernant le projet d’EDF à Hinkley. Sur la base des éléments, de l’audition du Ministre puis du PDG d’EDF et après avoir rencontré les syndicats de l’entreprise, Jean-Luc Laurent appelle à faire la différence entre un pari et un projet.


Certains vous croient nucléariste acharné et on découvre que vous êtes opposé au projet de construction d’un EPR à Hinkley Point (Grande-Bretagne). Auriez-vous été récemment converti aux énergies renouvelables ?
Mon engagement aux côtés d’EDF a toujours été total et à ce titre je demeure un partisan raisonné de l’électricité nucléaire. Comme nos concitoyens, je considère également qu’EDF fait partie du patrimoine industriel français. Comme les 67 000 salariés du groupe, je suis aujourd’hui très inquiet lorsque je vois l’entreprise embourbée dans une ornière financière et industrielle dont on voit difficilement comment elle pourrait sortir seule.

EDF a accompagné les « Trente glorieuses », a été l’architecte du programme nucléaire français et continue aujourd’hui d’assurer notre indépendance énergétique. Et il ne faut pas non plus oublier que notre électricité d’origine nucléaire est décarbonée.

Sur injonction de Bruxelles, EDF a été forcée de se transformer en société anonyme afin de s’adapter à un marché de l’énergie libéralisé, entraînant des déséquilibres dans l’entreprise. EDF reste l’un des grands énergéticiens mondiaux mais EDF est mortelle.

Les signaux d’alerte se sont multipliés ces derniers mois : en décembre dernier les syndicats exerçaient leur droit d’alerte, quelques jours plus tard EDF sortait du CAC40 et pour finir, début janvier, le directeur financier quittait l’entreprise sur un désaccord de fond. La situation est préoccupante, il faut ramener à la raison les partisans d’une décision aujourd’hui hasardeuse et qui pourrait se révéler demain suicidaire.

Pourtant, Hinkley-Point s’inscrit dans la droite ligne de la stratégie internationale d’EDF : c’est un projet qui bénéficie de garanties de la part de l’Etat britannique, qui servira de vitrine d’exposition pour la filière française du nucléaire et qui permettrait d’implanter l’entreprise sur un marché qui a du mal à redémarrer après Fukushima.
Il ne faut pas oublier que notre filière nucléaire est entrée dans une phase de restructuration profonde dont l’on espère qu’il ressortira, à terme, quelque chose de positif : à l’heure actuelle, Areva est au tapis et Alstom est parti aux Etats-Unis. Le projet de construction d’une centrale EPR à Hinkley Point représente un investissement de 16 milliards d’euros pour EDF, déjà endetté à hauteur de 34 milliards d’euros.

Par ailleurs, le projet est en coréalisation avec un partenaire chinois (CGN) qui, bien que minoritaire, bénéficie d’un rapport de force favorable et impose à EDF des conditions inacceptables. Il s’agit d’un chantier colossal dont la réalisation demeure une source de difficultés pour EDF. La preuve en est, le chantier de Flamanville a 11 années de retard et cumule 7 milliards d’euros de surcoût. Voulons-nous vraiment nous engager dans un projet similaire avant même d’avoir terminé celui-ci qui doit constituer une tête de série ?

Pourquoi le ministre Emmanuel Macron et le PDG du groupe Jean-Bernard Lévy défendent corps et âme ce projet ?
Face à ce haut degré d’incertitude, financière et industrielle, la seule justification de Jean-Bernard Lévy et Emmanuel Macron est le prix d’achat garanti, par le gouvernement britannique, à 92,50 livres du mégawattheure pendant 35 ans, ce qui assurerait une rentabilité annuelle de 9 % au projet.

Le problème est que de moins en moins de personnes croient réellement à ce prix garanti pendant 35 ans à un niveau trois fois supérieur à celui du marché actuel. Même notre partenaire CGN émet de sérieux doutes : dans l’accord qui lie les deux actionnaires, une clause engage EDF à verser 1,6 milliard d’euros d’indemnités à son partenaire au cas où le Gouvernement britannique romprait la garantie.

En tout état de cause, il est difficile de croire qu’un pays connu pour son libéralisme, et qui plus est souverain, garantira à EDF, et donc imposera à ses citoyens, un prix d’achat trois fois supérieur à celui du marché actuel pendant 35 ans !

Vous recommandez l’abandon pur et simple du projet ?
Aujourd’hui les conditions ne sont pas réunies, il faut, par conséquent, reporter la décision sur le projet d’Hinkley Point. Il est naturel et positif que la direction fasse preuve d’une grande ambition à la fois pour EDF et la filière nucléaire dans son ensemble mais il faut veiller à ce que les décisions soient prises sur des fondements rationnels, dictés par l’intérêt général : EDF n’est pas une startup !

Surtout, Hinkley Point est l’arbre qui cache la forêt, puisque EDF se trouve désormais face à un mur d’investissements : reprise d’Areva pour 2,5 milliards d’euros, plan « grand carénage » dont le coût est estimé entre 50 et 100 milliards d’euros, projet CIGEO, durcissement des normes de sécurité…

Ces investissements viennent s’ajouter à une conjoncture très difficile: crise européenne sur le marché de gros de l’électricité suite à la libéralisation des tarifs, concurrence des énergies renouvelables, chute des prix du thermique au fioul.

A l’heure où EDF est attaquée à sa gauche par des idéologues et à sa droite par une Commission européenne qui souhaite la mort du modèle intégré, EDF ne peut plus se permettre le moindre faux pas.

EDF a déjà perdu beaucoup dans des aventures internationales hasardeuses, guidées par l’instinct au mépris de la raison, il est plus que temps que l’Etat joue son rôle d’actionnaire sobre et conséquent et imprime sur l’entreprise une vision stratégique de long terme de notre politique énergétique.

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Jean-Luc Laurent
Président du Mouvement Républicain et Citoyen, député du Val-de-Marne. En savoir plus sur cet auteur


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