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Publié le Jeudi 30 Juin 2016 par

Brexit : les vraies conséquences


Mots-clés : brexit, europe, royaume-uni

Tribune de Bruno Moschetto, Secrétaire national aux questions économiques, parue sur LaTribune.fr, jeudi 30 juin 2016.


Brexit : les vraies conséquences
L'Angleterre, je la veux toute nue, aurait dit le Général de Gaulle, c'est-à-dire, sans attaches. Il craignait qu'à un moment ou à un autre elle prenne « le grand large ». Aussi l'empêcha-t-il d'entrer dans la Communauté Economique Européenne (CEE) en 1962, dès sa première tentative d'adhésion. Il opposa à nouveau un refus cinq ans plus tard, en 1967. Et c'est seulement à la troisième requête, que le Président Pompidou leva la barrière en 1973. La France était à l'époque, le véritable chef d'orchestre de l'Europe. Après plus de quarante cinq ans de cohabitation, le Royaume- Uni vient de décider de larguer les amarres après un vote référendaire a priori sans appel compte tenu du résultat

Il nous est apparu intéressant de chercher l'explication à ce vote de retrait. A la réflexion, elle est relativement simple. L'Angleterre a absolument voulu adhérer à le CEE car l'Europe était à l'époque un havre de prospérité. Elle la quitte car celle-ci est devenue depuis plus d'une décennie, une économie dominée par l'austérité. Le bateau européen prenant l'eau, et ce vraisemblablement pour longtemps, les Britanniques le quittent. On ne saurait leur reprocher un tel réalisme.

Recherche de flexibilité salariale


Si l'on affine l'analyse, le cœur de l'explication se trouve par la pratique, en Grande-Bretagne, d'une recherche continue de la flexibilité des salaires. Nous savons qu'il n'y existe pas de salaire mensuel minimum, qu'il n'existe pas une durée minimale de temps de travail hebdomadaire, que 2,5 % de la population active est contrainte à la pratique du contrat de travail à zéro heure « zero hour contract » (ZHC). Evidemment, dans ce contexte, le taux de chômage ainsi obtenu est seulement de 5%, alors qu'en Espagne il est de 25%. Il n'est pas étonnant que cela favorise l'immigration intra-européenne en Grande-Bretagne où les salaires sont malgré tout attrayants pour les travailleurs de certains pays membres de l'Union européenne, notamment ceux de Pologne.

Aussi, cela est vrai, ces travailleurs prennent-ils sans entrave les emplois des Britanniques sur le sol anglais où ils peuvent librement pénétrer. Le résultat de ce referendum devrait mettre un terme à ce manège à la grande satisfaction des travailleurs insulaires. Les dispositions de la loi El Khomri, dont la finalité est justement la recherche de la flexibilité salariale pour parvenir à la compétitivité économique avec des conséquences sociales identiques, devrait nous faire réfléchir à ce parallèlisme et légitime davantage encore notre refus de voter ce projet de loi qui vient de mettre si inopportunément le feu aux poudres.

Un vote de réflexe pour la survie

Par ailleurs, le clivage entre les partisans du « in » et ceux du « out » révèle l'opposition entre l'Angleterre pauvre et l'Angleterre riche. Rien n'a changé depuis « Sybil et les Deux Nations » de Disraeli publié en 1845 ! A cet égard, il est tout à fait condamnable d'assimiler ce vote d'une population pauvre à un vote populiste. C'est un vote de réflexe qu'une majorité significative de la population a fait pour sa survie. Ce vote doit être absolument respecté. Nous n'avons pas, ni aujourd'hui ni demain, à nous ingérer dans ses affaires intérieures. L'Angleterre est plus que jamais « Prince en son Royaume ».

Mettre un terme à la déflation importée

L'Angleterre de demain ne sera pas nécessairement la perdante de cette sortie démocratique et volontaire. Détentrice déjà, à la différence des autres membres de l'Union européenne, d'une triple souveraineté cambiaire, monétaire et budgétaire, elle va pouvoir en gérant les flux démographiques extérieurs mettre un terme à une politique de déflation importée. Elle n'aura aucun mal à retrouver la cible inflationniste après laquelle court désespérément Mario Draghi. Il est tout aussi naïf de penser que ce retrait va pénaliser les activités de la City. Ainsi, par exemple, le marché de l'euro, qui concerne les achats et les ventes de cette unité monétaire ainsi que les prêts et les dépôts dans cette même unité monétaire, s'est progressivement installé sur la place de Londres depuis plus de quinze ans, dès l'introduction de l'euro ! Ce marché n'a pas de vocation à se déplacer dans les années à venir. Les marchés ont leurs propres pratiques : ils sont conservateurs et les Anglais sont de grands financiers et de grands commerçants. On ne peut espérer que le Stock Exchange s'installe au Palais de la Bourse de sitôt. !

Europe: constituer une troika avec l'Italie et l'Espagne

En toute hypothèse, la France ne doit pas rester inerte après le départ du Royaume Uni - cinquième puissance économique du monde - et qui bénéficie d'une alliance toute particulière avec les Etats-Unis et l'ensemble des pays du Commonwealth. Aussi, dans ce contexte, afin de faire face à l'éloignement d'un partenaire puissant, faut-il concevoir une autre Europe et un autre euro auxquels nous sommes particulièrement attachés.

Pour ce qui concerne l'Europe, nous avons connu un ménage à trois avec un Royaume Uni à économie libre échangiste et à politique indépendante d'une part, et une Allemagne politiquement fédéraliste et économiquement anti-inflationniste, d'autre part. Maintenant, nous allons nous trouver seuls face à elle et nous savons que le couple franco-allemand n'est pas équilibré. Aussi, faut-il tendre à constituer, en contrepoids de ce couple, une Troïka avec nos sœurs latines, l'Espagne et l'Italie avec lesquelles nous avons de nombreuses racines communes à commencer par notre langue mère. Ainsi, la France aurait une double appartenance, à la fois membre du couple et de la troïka. La France redeviendrait ainsi le centre de gravité de l'Europe.

Nationaliser l'euro

Quant à l'euro, nous rappelle l'article premier du chapitre premier de notre code monétaire et financier : « C'est la monnaie de la France - Il est divisé en cent centimes ». Il a vocation à le demeurer. Afin de passer cette zone de turbulences et de pouvoir dominer les vents contraires, il nous faut absolument nationaliser l'euro ainsi que le préconise depuis longtemps le Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et désormais son candidat à l'élection présidentielle, Bastien Faudot. Au titre de cette réforme il s'agit tout simplement de débaptiser notre monnaie, l'euro-euro en euro-franc. Rien ne serait changé pour ses détenteurs qu'ils soient résidents ou non. Rien ne serait changé quant à la nature et au volume de notre endettement public vis-à-vis des résidents et des non résidents. Rien n'empêcherait les autres partenaires de la zone euro d'en faire autant en débaptisant l'euro-euro en autant d'euro nationaux. D'après les informations publiées dans la presse, le prix Nobel Joseph Stiglitz envisage de recommander, dans son prochain livre à paraître le 15 septembre, pour que la zone euro soit viable, que ses membres adoptent une telle réforme.

Une triple souveraineté retrouvée

Limitée à deux ans - durée minimale qu'il faudra pour négocier la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne -, nous récupérerions immédiatement notre souveraineté en matière de politique de change, monétaire et budgétaire, ce qui nous permettrait d'adopter une politique de relance par la demande et de donner le « la » à nos partenaires européens. Cette triple souveraineté retrouvée nous permettrait peut-être de faire aussi bien que la Grande-Bretagne dans l'avenir dont les citoyens ont fait preuve aujourd'hui de réalisme. A nous d'être euro réalistes.

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Bruno Moschetto
Secrétaire National aux questions économiques. En savoir plus sur cet auteur


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